L'essence du christianisme - Feuerbach
Préface
L’analyse du Christianisme illustre ce que Feuerbach entend par renversement. Caractéristique de la religion, celui-ci n’est pas autre chose que l’inversion du rapport réel de l’individu à son essence générique représentée par autrui, inversion qui entraîne à son tour un deuxième renversement, celui du rapport sensible, concept, l’un et l’autre se matérialisant théoriquement et pratiquement dans un corps de concepts et de jugements, qui constituent un discours délirant par rapport à la réalité, ce délire étant proprement une aliénation, puisqu’il repose sur une confusion du même et de l’autre, dans lequel l’autre est pris non réellement mais ontologiquement. Il faut encore se demander si la religion a la jouissance exclusive de ce privilège ou si elle n’est pas simplement le paradigme d’une confusion aliénante dont on pourrait retrouver ailleurs les symptômes.
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Dans l’homme, au-dessus de l’homme individuel, la divine trinité est l’imité de la raison, de l’amour et de la volonté. La raison (Imagination, fantaisie, représentation, opinion), la volonté, l’amour ou le cœur, ne sont pas des facultés que l’homme possède — car sans elles il n’est rien, n’étant ce qu’il est que par elles. En tant qu’éléments qui fondent son être, qu’il ne possède ni ne fait, elles sont les puissances qui l'animent, le déterminent, le dominent — des puissances divines, absolues auxquelles il ne peut opposer aucune résistance.
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Dieu comme être (Wesen) de l'entendement
La religion est la scission de l’homme d’avec lui-même : il pose en face de lui Dieu comme être opposé à lui : Dieu n’est pas ce qu’est l’homme, l’homme n’est pas ce qu’est Dieu. Dieu est l’être infini, l’homme l’être fini ; Dieu est parfait, l’homme imparfait ; Dieu étemel, l’homme temporel ; Dieu tout-puissant, l’homme impuissant ; Dieu saint, l’homme pêcheur. Dieu et l’homme sont des extrêmes : Dieu est l’abso-lument positif, la somme (Inbegriff) de toutes les réalités, l’homme est l’ahsolument négatif, la somme de toutes les nullités.
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Souffrir est le commandement suprême du christianisme — l'histoire du christianisme lui-même est l'histoire de la souffrance de l'humanité. Alors que chez les païens la jubilation du plaisir sensuel se mêle au culte des dieux, chez les chrétiens les anciens chrétiens bien entendu, les pleurs et les soupirs du cœur font partie du service de Dieu.
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La religion est la réflexion, le reflet de l'être (Wesen) humain en lui-même. Ce qui es a nécessairement un plaisir, une joie en soi-même, s’aime soi-même et s’aime avec raison.
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Le mystère du principe créateur du monde en Dieu.
La conscience du monde est conscience de ma propre limitation — si je ne savais rien d’un monde, je ne saurais rien en fait de limites —-, mais la conscience de ma limitation est en contradiction avec l’aspiration de mon individualité vers l’absence de limites.
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Pour le Je, la conscience du monde est médiatisée par la conscience du Tu.
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Le désir (Sennsucht) est la nécessité du sentiment ; et le sentiment désire (Sehnt sich nach) un Dieu personnel. Mais ce désir d’une personnalité de Dieu n’est vrai, sérieux, profond, que s’il désire une personnalité unique, et se satisfait de cette unicité.
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Christianisme et paganisme
Entre moi et autrui mais autrui est le représentant de l’espèce ; même s’il n’est qu’un numériquement il pallie à mon besoin de beaucoup d’autres, il a pour moi une signification universelle ; il est le député de l’humanité, qui en son nom me parle à moi seul, de sorte que, lié à un seul, je n’en ai pas moins une vie humaine, communautaire — entre moi et autrui, il y a donc une différence essentielle, qualitative.
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L'essence inauthentique
Le père n’est pas père sans son fils ; tous deux, ensemble forment un être commun.
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