mardi 31 mars 2026

Ethique de l'existence post-capitaliste - Christian Arnsperger

 Ethique de l'existence post-capitaliste - Christian Arnsperger

 Une précision de taille s’impose d’emblée. Nous ne poursuivrons pas, dans ce livre, le projet d’un libéralisme simplement « sécularisé », voire naïvement « laïc ». Si, comme on peut en convenir aisément, les religions instituées ne se montrent pas souvent à la hauteur de la vocation de libération et de salut qu’elles affichent, la nécessité absolue d’un ancrage spirituel de nos existences mortelles n’en sous-tendra pas moins toute notre démarche. Qu’on ne s’attende donc guère à rencontrer dans ces pages la énième version de ce que le libéral John Rawls appelait une conception « politique, non métaphysique » de la personne1. C’est bien d’un libéralisme étendu qu’il s’agira, à la fois et indissociablement politique et métaphysique.

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 En témoigne le cercle vicieux consommation-croissance qui régit une grande partie de notre horizon socioculturel actuel. Contrairement à une idée trop répandue, le principe de croissance ne saurait être mis an question, à moins de nier le dynamisme vital inhérent à toute existence individuelle et collective. Quelque chose doit croître, toujours et sans cesse, si la mort doit être portée et traversée autrement que dans l’abattement nihiliste te plus absurde. La question, cependant, porte sur l’objet de cette croissance et sur son rythme : qu qui doit croître, et comment cela doit-il croître ? Use critique existentielle sérieuse du capitalisme ne stigmatisera jamais la notion de croissance en soi. Elle visera l’identification de la croissance avec l’accumulation d’objets à consommer, aujourd’hui ou demain. Même la fameuse « accumulation de capital », si centrale dans le diagnostic marxiste, n’est en fin de compte qu’un moyen pour détenir en quantité croissante des symboles ou des gages d’une possible consommation future. C’est donc l’arraisonnement de l’idée (te croissance, en soi positive et nécessaire, par la pratique capitaliste de te consommation, créatrice d’une fuite en avant insatiable, qui caractérise avant tout notre culture actuelle.

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 Nous ne le pensons pas. Du moins, si l’on accepte de remettre en chantier la question de l'aliénation. Il existe des consommations aliénantes et des consommations qui libèrent. H existe des façons aliénantes et aliénées de consommer Xy et des façons désaliénantes et désaliénées de consommer le même X. Si nous acceptons de réintroduire certaines hiérarchies dans nos jugements existentiels à propos des actes économiques que nous posons, une discussion critique de ceux-ci reste possible. Ce qu’a introduit la postmodemité « politiquement correcte » - très complice, en cela, des intérêts de certains acteurs dominante du capitalisme -c’est l’idée, à nos yeux pernicieuse, selon laquelle tout jugement de valeur portant sur ce que les personnes consomment est un jugement violent et injustifiable, arbitraire et élitiste. Les réactions que suscite aujourd'hui le mot « authenticité » sont du même ordre. 

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 L’économie comme voie d’humanisation.

L’objectif de l’activité économique, nous venons de le rappeler, «st de lutter contre la rareté. Pourquoi faut-il lutter contre la rareté ? Afin que chaque être humain ait la possibilité, à partir de moyens matériels dont il puisse disposer librement, d’entamer et de poursuivre la trajectoire d’humanisation inscrite dans le dynamisme même de sa naissance.
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 Apparue à l’origine comme une force d’émancipation sans ambiguïté, la démocratie capitaliste est devenue force d’aliénation et d’oppression au nom même de la  poursuite de son propre dynamisme, désormais frelaté mais  encore puissant. Nous parlerons donc de pseudo-démocratie  capitaliste.

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 Méprise sur le Désir, pour dire les choses de façon concise. Méprise sur le corps, pourrait-on dire aussi. Le capitalisme est en effet aussi le fruit d’une erreur métaphysique qui nous fait prendre nos corps (psychisme y compris) pour des réalités ultimes, de telle sorte que nous prenons nos envies pour des besoins et que nous projetons illusoirement sur un infini matériel notre Infini spirituel, qui peut être considéré comme notre seule Réalité - à condition de donner au pronom « notre » une signification neuve. Comment comprendre autrement ce pronom ?

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D’autre paît, ri nous n’étions que des êtres corporels, le capitalisme serait le meilleur système économique. Il est en effet l’émanation directe, et aussi l’aboutissement historique, de la frayeur que nos sens corporels se communiquent à eux-mêmes quand ils envisagent leur propre terminaison, cette disparition de possibilités corporelles (physiques et psychiques) qu’on appelle du nom de «mort ».
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Il nous faut une nouvelle conception de l’égalité des chances. L’égalité à viser n’est pas seulement celle des chances d’accès aux « bienfaits » de l’économie de marché capitaliste, comme le sous-entend l’immense majorité des théories dites « libérales » de la justice. Il s’agirait d’assurer l’égalité d’accès de tous aux ressources de sens qui rendront possible, pour chacun individuellement, la conversion de son autonomie vers plus de communion. C’est bien là 1e cœur même de notre libéralisme existentiel, à l’intérieur duquel les distinctions entre l’individuel et 1e collectif-communautaire, entre 1e politique et le métaphysique n’ont plus lieu d’être.
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Les trois éthiques.

Notre ouvrage lance un appel à la fois éthique, spirituel et politique, et il repose sur trois grandes orientations normatives : une éthique de la simplification des conditions d’existence, une éthique de l'universalisation des revenus à travers l’octroi d’une allocation universelle et une    de la démocratisation radicale des décisions économiques. 

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 Esprit et culture du capitalisme.

Le capitalisme n'est pas seulement un système économique dans lequel circulent des flux d’« information ». Dite qu'il l'est, c’est céder à la supercherie des chantres de l’« économie de l'information ». Non pas, certes, que cette propriété soit entièrement absente. Entre acteurs de la logique capitaliste (consommateurs, État, entreprises, travailleurs, syndicats, investisseurs, etc.) circulent bel et bien des signaux ayant la forme de messages informationnels, de plus en plus souvent avec l'informatique comme support concret. Ce qui est incorrect, c'est de penser que le capitalisme n’est que cela, et que le capitalisme peut être analysé et compris uniquement avec le quadrant inférieur droit (iD) de notre schéma quadripartite. Ce réductionnisme informationnel veut nous faire croire que nous ne sommes, en fin de compte, que des atomes transmetteurs-récepteurs de données quantifiables (prix, quantités, quotas, etc.) au sein d’une systémique dont la complexité nous échappe.

Le grand promoteur de cette idée fut l'économiste et philosophe libéral Friedrich von Hayek, qui voyait dans la mécanique anonyme des marchés capitalistes (qu’il appelait la « catal-laxie ») l’une des vertus cardinales de nos sociétés modernes. Étant quittes les uns des autres, nous pourrions poursuivre chacun Hans son environnement local les activités qui nous seraient propres, sans avoir à nous soucier d’une représentation d’ensemble du système qui, de toute façon, nous échapperait1. B s’agit là d’une conception beaucoup trop partielle de ce qui relie les acteurs économiques et les citoyens entre eux. L’information pure n’a qu’à être - comme le suggère la tradition cybernétique — décodée ou décryptée, et non réellement comprise. Cto néglige ainsi tout le quadrant inférieur gauche (iG) du schéma de Wilber : la communication dans un système consiste essentiellement à partager des jugements à propos de ce système, et nos jugements de valeur sur le système dans lequel nous vivons sont fondées sur nos visions du monde.

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 La vision hayékienne de l’acteur économique prescrit une utilisation purement pragmatique de la raison. Il s’agit de s’adapter au champ intégral capitaliste et de contribuer à la perpétuation de son hyperactivité horizontale dans le cadre des axiomes dominants. Horkheimer s’inscrit en feux à l’égard de cette vision. Selon lui, les façons capitalistes de penser et d’agir, que Hayek endosse normativement, coupent la réflexion et l’action de toute aspiration qui ne reste pas compatible avec les règles pratiques existantes dans l’économie de marché capitaliste et incarnées dans les axiomes individuels et collectifs. Les personnes qui limitait ainsi leur investigation réflexive omettent un aspect crucial de la raison libre, à savoir que « l'acceptation critique dos catégories qui dominent la vie sociale implique ai même temps la condamnation de celle-ci ’. »

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Du traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations à la nouvelle génération - Raoul Vaneigem

 Du traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations à la nouvelle génération - Raoul Vaneigem

11.    Dans le dépassement du sujet s’inscrit aussi le dépassement de deux approches contradictoires du réel : le champ de cohérence, qui gouverne et programme la communication traditionnelle, et le champ de résonances, dont la poésie émane du corps pulsionnel et de son intelligence sensible. Les résonances opposent au prosaïsme de l’intelligence intellectuelle un rayonnement des sais issu du vivant Tout change de base, y compris la texture des corrélations linguistiques et de nos modes d’expression.

 11.    Les contraires non dépassés se muent en contrariétés. Les dualismes qui stagnent pourrissent en se réifiant — en devenant des choses. Ils exacerbent les conflits douteux, les psychodrames, le défoulement agressif À défaut de radicaliser le combat de l’émancipation sociale et existentielle, un populisme progressiste prêche, à l’heure ardente de l’apéritif, une croisade contre le populisme rétrofasciste. Qu’une telle détermination s’arrose sans abreuver la liberté de vivre augure un combat de matamores plus qu’un essai de société autogérée.

 6.    L’insurrection de la vie entend mettre fin au processus de réification qui change le sujet en objet, l’être en marchandise, elle dissout les fonctions et les rôles, elle brise l’ordre du chaos répressif qui sévit contre l’ordre de l’harmonie. Or la femme est la matrice de ce changement radical. Elle est par excellence la substance chamelle du renversement de perspective, du basculement d’une société pétrifiée par la mort à une société renaissant à la vie.

 10. La fausse émancipation est le produit de la conscience aliénée. Me me faites pas dire que je ne soutiens pas la lutte pour l'égalité des salaires ; mais elle n’est pas une fin en soi. Le droit au travail est un droit que la pire aliénation fait passer pour une liberté. Edward Bemays avait compris la manoeuvre quand il fit la fortune des cigarettiers en incitant les femmes à fumer à l’égal des hommes, qui s’y prétendaient seuls autorisés. Nous ne voulons pas payer le prix de cette égalité-là !

 3.    Le temps de travail ignore le temps du désir. Il n’a pas d’autre choix, car le profit est une exigence absolue, Son manque de discernement l’aveugle, l’empêche de comprendre que la puissance du désir vital annule ce qui le dénature. Le moindre prétexte révoque l’obligation de travailler, dézingue l’autorité, brise les étrivières de la peur et de la culpabilité. Lors d’une grève, rien n’est plus redouté par les instances patronales et syndicales que la jubilation du travail aboli

 

L'âge de l'ersatz - William Morris

L'âge de l'ersatz - William Morris

 De même que l’on nomme certaines périodes de l’histoire l’âge de la connaissance, l’âge de la chevalerie, l’âge de la foi, etc., ainsi pourrais-je baptiser notre époque « l’âge de l’ersatz ». En d’autres temps, lorsque quelque chose leur était inaccessible, les gens s’en passaient et ne souffraient pas d’une frustration, ni même n’étaient conscients d’un manque quelconque. Aujourd’hui en revanche, l’abondance d’informations est telle que nous connaissons l’existence de toutes sortes d’objets qu’il nous faudrait mais que nous ne pouvons posséder et donc, peu disposés à en être purement et simplement privés, nous en acquérons l’ersatz. L’omniprésence des ersatz et, je le crains, le fait de s’en accommoder forment l’essence de ce que nous appelons civilisation.

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 J'aimerais vous exprimer le fond de ma pensée àpropos de l'ersatz en matière d’instruction : quelle différence entre ce qui se fait de mieux aujourd'hui et une bonne instruction ! Cependant si nous négligeons à présent, pour des raisons d'économie, d'élever autant que faire se peut le niveau de notre éducation nationale, autant abandonner toute prétention à être un peuple pratique et sensé. On pourrait résumer la chose ainsi : vous comptiez dépenser, disons, 50 000 livres, lorsque vous vous rendez compte qu’il faudrait en ajouter 10000 pour obtenir un résultat satisfaisant et qu’en fait tous vos efforts seraient annihilés si vous n’ajoutiez pas cette somme ; ne serait-il pas ainsi beaucoup plus économique de dépenser 60000 livres à bon escient plutôt que 50 000 pour rien ? Voilà à mon avis le mode sur lequel nous devons envisager l’éducation : qu’elle soit la meilleure possible, quel qu’en soit le prix, Me ne sera peut-être pas excellente mais au moins elle nous débarrassera de cette idée inepte que la finalité de l’enseignement est de modeler les hommes et les femmes pour en faire des travailleurs aptes à servir les besoins capitalistes. Rendre la vie plus agréable doit devenir le seul but de l’instruction : toute autre ambition se réduira à un lamentable ersatz.

La société réticulaire - Ian Alan Paul

 La société réticulaire - Ian Alan Paul

 10.

Flottant dans une totalité qui aspire à tout capter et à ne rien perdre, les vies se rétractent séparément et s’effondrent, dans les densités infinies des trous noirs informatiques, leur néant environnant peuplé seulement de débris stellaires qui font aller et venir des messages à travers le vide social. Chaque nouvelle division entre des vies se ramifie rapidement en une multitude de lignes de communication, et chaque nouveau flux de données creuse continûment une partition dans ce sur quoi il coule. Se connecter devient de plus en plus synonyme de vivre, maintenant l’unité réticulée des désunions démultipliées de la vie. Faire converger en réseau la connexion et la séparation, l’abstraction et la subsomption, la totalisation et l’aliénation, constitue à la fois le programme de subordination et l’essence formelle de la société réticulaire. Socialement et subjectivement, par la fibre optique et par les algorithmes, les processus d’intégration et d’isolement travaillent en toute compatibilité comme composantes des machines en réseaux. 


 16.

Le réticulaire, c’est-à-dire ce qui prend la forme d’un filet, d’une toile ou d’un maillage, émerge historiquement comme l’accumulation des technologies en ligne qui séparent les vies de sorte que celles-ci  puissent être mieux subordonnées ensemble. Les procès hétérogènes de production, de consommation, de domination et de subjectivation convergent tous sur les ordinateurs en réseau qui synchronisent et chorégraphient leurs activités, capturent et fragmentent les vies informatiquement, de sorte que la vie puisse être gérée et unifiée par la communication. Tout est rendu au maximum disponible aux calculs logistiques et aux algorithmes en ligne, lesquels redirigent constamment les flux vers les zones les plus efficaces et hors des zones de friction potentielle, œuvrant à lubrifier et à optimiser le système global, tout en estompant l’effet de chaque blocage ou résistance localisée. À une grève dans une usine ici répond l’acheminement des investissements là-bas, dans une zone industrielle à la frontière, l’incendie d’une barricade sur un axe routier majeur est corrigé par les centres de données, qui génèrent dynamiquement de nouvelles indications pour les camions se rendant au port voisin, et le sectionnement d’un câble de fibre optique est compensé par des protocoles, suggérant de nouveaux chemins transcontinentaux à suivre pour les paquets d’information. À travers la profonde variation qui compose l’économie, la politique et la culture mondiales, les vies luttent pour donner un sens à leur situation commune, pour la transformer et, à terme, se confrontent invariablement à cette seule réalité : société se borne à les subsumer en parts toujours plus accessibles, extensibles et isolées. Dans les spirales ou s’entremêle cette séparation connectée, peu importe la qualité de la paix sociale fragilement maintenue, celle-ci signale seulement que la domination circulante de société progresse partout agilement.

 36.

Au cours du développement historique de la  domination de la vie par l’économie, théorisé par Guy Debord, tout l’être a été dégradé en avoir, puis tout l’avoir en paraître. Les relations sociales ont été progressivement médiatisées par des relations entre marchandises, puis elles-mêmes plus médiatisées encore sur fond de spectacle. Dans la phase contemporaine de ce développement, qui est aussi la plus avancée, l’être, l’avoir et le paraître ont tous été plus profondément subordonnés à la logique de réseau, dans laquelle toute forme de relation sociale est médiatisée par sa circulation numérisée. Dans le mouvement historique qui va de la propriété privée à la visibilité de masse, puis à l’activité de réseau, la société a connu pour structures la marchandise, puis la publicité et enfin le code. Dans cette marche désolante, depuis les enclosures et les usines, via la télévision et les panneaux publicitaires, jusqu’aux appareils connectés et aux fermes de serveurs, la réalité vécue, qui avait déjà été privatisée et spectacularisée, continue de se séparer et de s’éloigner sous forme de données. Ainsi comprise, la société réticulaire peut être vue comme la pixellisation de la société du spectacle qui la précédait, culminant en une société nouvellement et plus densément médiatisée, où le vivre, l’avoir et le paraître sont tous subsumés sous les économies de l’abstraction et de la circulation numériques.

 42.

Dans la société du spectacle, les vies qui, autrefois, voyaient les autres et elles-mêmes comme des vies y en viennent à voir la vie et à s’y rapporter plutôt comme à une accumulation aliénée de marchandises et d’images. Dans la société réticulaire, cette vision spectaculaire est indéfiniment enregistrée, modulée et redirigée dans le calcul numérisé de la forme du réseau. La vie en ligne continue d’apparaître visuellement, mais ces apparitions sont seulement un fragment de l’abstraction sociale de la vie, de sa circulation et de sa computation informatiques, qui réécrivent toutes les relations de la vie sur la base du non-visuel, du numérique et des formes algorithmiques. Les relations sociales, de ce fait, restent médiatisées tant par les marchandises que par les images mais, à présent, ces formes apparaissent seulement comme les coups de pinceau mineurs d’une composition bien plus complexe, dont la médiation progresse principalement sur la base en réseau des données accumulées. Ce qui lie les vies ensemble, dans la société réticulaire, n’est rien d’autre qu’une circulation de l’information qui perpétue l’isolement de la vie, qu’une somme croissante de bits et d’octets qui communiquent et calculent l’aliénation spectaculaire et marchandisée du monde, qu’une séparation connectée qui soutient seulement l’unité pixellisée de sa pauvreté en ligne.


 57.

Du fait que les vies se voient toujours plus profondément intégrées aux mécanismes qui constituent précisément leur subjectivité, dans la société réticulaire, la production subjective dépasse en intensité les processus passés de subjectivation. Les vies ne tendent pas à comprendre leur moi en réseau comme un objet informatique circulant à distance, mais plutôt comme une expression intime de leur propre activité autonome. Partout, les vies s’identifient à leurs données, comprenant intuitivement qu’elles doivent, pour s’élever dans la société, progresser informatiquement, en cherchant à peser dans les algorithmes, en fabriquant des identités en ligne et en élargissant leur audience sur les réseaux. Les universitaires partagent des mêmes au sujet de leurs conférences, les chefs produisent des vidéos soigneusement montées de leurs dernières recettes les politiques se critiquent réciproquement sur leurs publications, les soldats publient les enregistrements de leurs caméras corporelles, qui les montrent j prenant d’assaut des tranchées pour leur communauté de fans, les célébrités réunissent des groupes de discussion pour assurer que leurs excuses en ligne fassent le buzz, les athlètes envoient des vidéos accélérées de leurs programmes d’entraînement et les musiciennes jouent des algorithmes pour générer plus d’écoutes de leurs chansons, comme chaque activité vécue en vient à être incessamment formalisée par anticipation de sa circulation en ligne.
 

 62.

Les vies sont, le plus souvent, attirées par ce qu’elles perçoivent comme renforçant leur joie, par ce qui amplifie leur capacité à penser, à ressentir, à imaginer et à faire, par ce qui semble vivant et vivifiant.

De ce fait, elles en viennent à désirer le réseau, dont elles sentent qu’il étend et intensifie leur vie, mais qui, en fin de compte, ne fait que poursuivre leur subsomption sous la plus profonde division et dépossession de ce à quoi elles aspirent, amplifiant la séparation qui puise à travers les filaments rayonnants de toute la vie en réseau. 

 71.

Les formes industrielles de la séparation et de  l’intégration qui ont refaçonné la vie urbaine se sont étendues aux usines elles-mêmes, à mesure qu’il devenait évident que l’accroissement du contrôle entraînait la croissance de la production et que la croissance de la production nécessitait un accroissement du contrôle .

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L apparition de chaînes de montage et d’autres formes de spécialisation a servi à séparer les vies les unes des autres, chacune se retrouvant alors à ne produire que des parts toujours plus petites d’un tout qu’aucune vie seule ne pourrait jamais espérer englober. Parmi toutes les autres formes diverses de contrôle scientifique et technologique qui ont été déployées contre la vie à l’usine, la pose longue en photographie a été utilisée    comme forme de capture informatique pour décomposer et disséquer les mouvements des travailleurs en gestes isolés pouvant être réarrangés, ajustés et modulés, brouillant toujours plus agilement la distinction entre  le mouvement des corps et le mouvement des machines. Les forces de production se sont vues impliquées dans le contrôle du travail, de même que les forces du contrôle se sont vues impliquées dans la production de nouvelles  sortes de travailleuses.

 76.

 Toute la vie est soumise à une optimisation toujours plus intense, qui recherche l’efficacité réalisée comme la maximisation de ce qui travaille et la minimisation de ce qui résiste, comme un ensemble grandissant de fonctions froidement imposées sur chaque forme. De pseudo-besoins et désirs sont allumés et éteints algorithmiquement. Tout apparaît comme faisant partie de flux en ligne qui peuvent être accélérés ou atténués, amplifiés ou réduits. 

 101.

Dans la société réticulaire, le temps vécu est  dominé par le temps en réseau. Chaque jour est orchestré par une circulation unifiée de moments uniformes, de sorte que tout reste synchronisé en ligne, de sorte que le monde entier vive dans le même temps algorithmique et que chaque jour soit rendu commen-surable à chaque autre. La poésie du temps, ce temps vécu qui ne peut être possédé mais toujours seulement habité, fait l’objet des attaques incessantes de programmes et de protocoles. Les premières lueurs du matin, l’attente vaine d’un bus, un examen programmé à l’école, une journée de travail éreintante, un dernier verre au bar, une pensée persistante au lit, tous sont consommés ensemble dans la cadence calculée de la vie en ligne et rendus disponibles à l’analyse et à l’optimisation. Le temps du réseau nous conduit dans une histoire où seule la séparation connectée de la société peut progresser, où le temps irréversible de l’accumulation capitaliste et de la division des classes encode l’ensemble du temps vécu. Chaque moment est subsumé comme une part abstraite et échangeable quelconque du tout circulant et algorithmique, puis déployé pour reproduire la réalité et la temporalité sociales de la forme réseau. Tout ce qui existe circule seulement pour assurer que rien ne puisse exister qui ne circule déjà. 


 119.

Les cas atomisés de la reconnaissance culminent en une culture généralisée de celle-ci dans la société réticulaire selon deux dimensions : l’une dans les machines de réseau qui représentent et reconnaissent la société comme données, l’autre dans les vies qui perçoivent la société comme les machines de réseau le font déjà et qui, donc, en viennent finalement à percevoir les réseaux comme la société même. Le mode de reconnaissance qui structure toutes les formes de perception dans la vie en réseau dont le cas typique est l’activité consistant à scanner visuellement le contenu fragmenté des plateformes et l’attention mais culminant seulement  des fils d’actualité qui incitent à des moments répétés de reconnaissance, ressemble et est étroitement associé à celui des voitures équipées de caméras perfection nées qui roulent désormais dans les centres-villes du monde afin de saisir l’imagerie des rues aux fins de leur cartographie numérique, détectant et labellisant les panneaux de circulation, les visages, les logos, les  enseignes, les déchets, les monuments et les publicités . en chemin. La vie en réseau, la reconnaissance et la représentation convergent ici entièrement dans l’expérience du piéton, de la piétonne, qui préfèrent regarder la liste de directions du guidage, les magasins conseillés, les bulletins météo et les notes attribuées affichés sur le smartphone, plutôt que le monde environnant, se heurtant aux autres vies et entrant inévitablement en collision avec les objets mais restant intimement synchronisé-e aux données flottants dans l’air autour. Quand quelque chose d’inattendu se passe effectivement à l’école, dans la rue ou au travail, il est devenu plus facile de le reconnaître simplement comme une performance ou un tournage destiné à la circulation en ligne, puisque le monde lui-même en vient à apparaître intuitivement comme la scène d’une production de contenu à mettre en ligne et partager sur les plateformes. En ligne et sur les téléphones, dans les vidéos de surveillance et les selfies, sur les trottoirs et en randonnée, la culture de la reconnaissance s’impose comme une totalité expé-rientielle, verrouillant la possibilité que la société soit vécue, ressentie ou rencontrée d’une manière qui diffère, significativement, de la manière dont elle circule déjà informatiquement.

125.

 La capacité à faire l’expérience du monde uniquement comme d’un ensemble de marchandises objectivées et de prix abstraits, sous le capitalisme, est développée davantage, dans la société réticulaire, en faculté à percevoir chaque chose et chaque vie comme des données. Une promenade est vue comme l’objet d’une analyse de démarche et un nombre de calories brûlées, un visage, une surface de captation des micro-expressions et de conseils de maquillage générés par algorithme, une goutte de sang, un échantillon génétique pour une banque de données criminalistique ou encore la prédiction du futur succès social et financier d’un-e enfant, voire et un récif de corail mort comme des opportunités de poster des vidéos en ligne qui gagneront un-e ou deux abonné*es. En regardant autour de soi au cours d’une journée, les données semblent jaillir de chaque crevasse, lorsqu’une chambre vide est une chance de la mettre en ligne pour de la location temporaire, une paire de chaussures livrée devant la porte, une chance de réaliser une vidéo de « unboxing » et l’intérieur d’un réfrigérateur, une chance de prendre une photo pour l’envoyer à une plateforme d’intelligence artificielle qui pourra conseiller des recettes pour dîner. 

143.

Le smartphone est un dispositif paradigmatique de la société réticulaire du fait de lai manière dont il innove au regard des dispositifs fondamentalement binaires qui l’ont précédé. Dans les tourniquets du métro, qui trient les vies entre les passagers qui payent et les fraudeuses criminelles, aux postes de contrôle à la frontière qui divisent les populations entre riches touristes et migrants sans visa ou dans les scanners d’empreinte digitale qui distinguent la main des citoyens dociles de celle des terroristes recherchées, nous voyons des dispositifs qui séparent la vie en classes de forme de vie, selon une forme de division binaire et de domination qui réduit les vies à tel ou tel terme positif ou négatif, majeur ou mineur. La fonction stratégique de ce dispositif est d’imposer des relations binaires à divers éléments, de capter toute la vie ensemble avant de coder les vies séparément ou, comme l’a articulé Tiqqun, d’établir des espaces polarisés qui réduisent tout ce qui passe au travers à Vun ou Vautre de leurs termes. Le dispositif présuppose fondamentalement la logique numérique de circulation et de partition, tamisant et triant la vie afin de dominer par la suite des vies différenciées, permettant aux individus de circuler partout comme des variables binaires de la séparation connectée de la société.
 

Aux sources de l'aliénation - John Zerzan

 Aux sources de l'aliénation - John Zerzan

  Au nom de la « raison », de la « science », ou simplement du lucre, l’État et le commerce ont, au cours des derniers siècles, mené de pair une guerre totale contre le vivant et la pensée indomptée, en Occident d’abord, puis à l’échelle de la planète. 

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Adomo écrit dans Minima Moralia : « À propos du bonheur s'applique la même règle qu'à propos de la vérité : on ne la détient pas, mais on est dedans. » Cela pourrait fournir une excellente description de l'humanité telle qu’elle existait avant l'émergence du temps et du langage, avant la division et l’éloignement qui anéantirent l’authenticité.

Le langage constitue le sujet de cette exploration, comprise dans son sens le plus virulent. Un passage de Nietzsche en illustre le propos essentiel : « Les mots diluent et brutalisent ; les mots dépersonnalisent ; les mots rendent commun ce qui n’est pas commun.»

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Comme le langage est la symbolisation de la pensée et que les symboles sont les unités de base de la culture, la parole est un phénomène culturel fondamental pour la civilisation. Et comme, en matière de symboles et de structure, il n’y a ni langages primitifs ni langages développés, il serait justifié de commencer par identifier les qualités de base du langage et, plus précisément, de considérer, à la base, la congruences du langage et de l’idéologie. 

L’idéologie, cette vision cuirassée qu’emprunte l’aliénation, est une source de domination scellée dans la fausse conscience systématique. Il est encore plus facile de commencer à identifier le langage en ces. termes en adoptant une autre définition commune à la fois à l’idéologie et au langage, à savoir que chacun de ces éléments est un système de communication déformée entre deux pôles et fondée sur la symbolisation.

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Le langage a été élaboré pour refouler les sensations ; en tant que code de la civilisation, il exprime la sublimation de l'Éros, le refoulement de Pinstinct, qui est le noyau de la civilisation. Dans un paragraphe consacré à l’origine du langage, Freud a établi un lien entre la parole originelle et l'attachement sexuel en tant que moyen par lequel le travail a été rendu acceptable comme « équivalence et substitut de l’activité sexuelle ». Ce transfert d’une sexualité libre sur le travail est la sublimation originelle. D’ailleurs, Freud pensait que le langage s’était constitué dans l’établissement du lien entre appels à l’accouplement et processus de travail.

De la multitude - Paolo Virno

 De la multitude - Paolo Virno

 4. Le bavardage et la curiosité 

 Le bavardage et la curiosité ont été analysés par Heidegger dans Etre et temps (Heidegger 1927, §§ 35 et 36). Ils sont jugés comme des manifestations typiques de la « vie inauthentique ». Cette dernière se caractérise par le nivellement conformiste de tout sentiment et de toute compréhension. En elle, c’est incontestablement le pronom «on» qui domine : on dit, on fait, on croit une chose ou une autre. Selon les termes de Simondon, c’est le préindividuel qui tient le devant de la scène, en inhibant toute individuation. Le « on » est anonyme et envahissant. Il nourrit des certitudes rassurantes, il diffuse toujours des opinions que Ton partageait déjà. Il est le sujet sans visage de la communication médiatique. Le « on » alimente le bavardage et déchaîne une curiosité sans retenue.

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 Le jugement de Heidegger est sans appel : dans la curiosité se cache un éloignement radical, le curieux « se laisse prendre uniquement par le spectacle du monde, c’est là un genre d’être où il se préoccupe d’être dégagé de lui-même comme être-au-monde » (Heidegger 1927, § 36). Je voudrais confronter ce jugement de Heidegger avec la position de Walter Benjamin. Dans L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique, ce dernier a proposé à son tour un diagnostic sur le « on », des modes d’être de la société de masse, en somme, de la «vie inauthentique ». En d’autres termes, bien entendu. Et il en vient à des conclusions assez différentes de celles de Heidegger. Benjamin conçoit comme une promesse, ou au moins comme une occasion importante, ce que Heidegger considère par contre comme une menace. La reproductibilité technique de l’art et de toute expérience, réalisée par les mass media, n’est autre que le moyen le plus adéquat pour satisfaire une curiosité universelle et omnivore. Mais Benjamin fait l’éloge de cette | envie d’expérimenter et de connaître » à travers les sens, cette concupiscence de la vue, qu’en revanche Heidegger dénigre. Voyons cela plus en détail.

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 Thèse 4

Pour la multitude post-fordiste, disparaît toute différence qualitative entre temps de travail et temps de nom travail.

Le temps social, aujourd’hui, semble déréglés parce qu’il n’y a plus rien qui distingue le travail dis reste de l’activité humaine. Donc, parce que le travail cesse de constituer une praxis particulière et séparée, à l’intérieur de laquelle sont en vigueur des critères et des procédures spécifiques, très différents des critères et des procédures qui règlent le temps de non-travail. Il n’y a plus un seuil net, bien défini, qui sépare temps de travail et temps de non-travail. Dans le fordisme, selon Gramsci, l’intellect reste en dehors de la production ; c’est seulement une fois le travail accompli que l’ouvrier lit le journal, se rend à la section du parti, pense, dialogue. En revanche, dans le post-fordisme, puisque la « vie de l’esprit» est incluse pleinement dans l’espace-temps de la production, c’est une homogénéité essentielle qui prévaut.

 

Précis de psychologie - William James

 Précis de psychologie - William James

 

Préface [i]

Avant-propos de la première édition anglaise [xxxiii]

 

Chapitre I. Introduction [1]

Définition de la psychologie comme science naturelle, 1. La conscience est adaptée à son milieu, 4. Le postulat du conditionnement de la conscience par le cerveau, 6.

 

Chapitre II. De la sensation en général [11]

Courants nerveux afférents, 11. Organes terminaux, 12. « Énergies spécifiques », 13. Les sensations sont des connaissances, 16. « Connaissance de » l'objet et « connaissances sur » l'objet, 17. Extériorité des objets de la sensation, 19. Intensité des sensations, 21. Loi de Weber, 22. Loi de Fechner. 27. Simplicité des sensations, 29. Loi de relativité, 30. Effets de contraste, 32.

 

Chapitre III. La vue [35]

Structure de l'œil, 35. Accommodation, 39. Convergence et vision binoculaire, 41. Images doubles, 44. Perception visuelle des volumes, 46. Perception de la distance, 49. Perception de la grandeur, 50 Théorie psychologique des couleurs, 51. Images consécutives, 55. Intensité des objets lumineux, 57.

 

Chapitre IV. L‘ouïe [59]

Structure de l'oreille, 59. Les différentes qualités du Son, 67. Analyse des vibrations composées, 70. Il n'y a pas de fusion des sensations auditives, 71. Consonance et dissonance, 72. Délicatesse de l'oreille, 73.


 

Chapitre V.  Le toucher, le sens de la température, le sens musculaire et la douleur [75]

Terminaisons nerveuses dans la peau, 75. Le toucher ou sens des pressions, 76. Localisations tactiles, 77. Le sens de la température, 79. Sensations musculaires, 82. La douleur, 83.

 

Chapitre VI. Sensations de mouvement [90]

Sensations visuelles et tactiles du mouvement, 90. Sensations articulaires, 94. Sensations de translation, 95.

 

Chapitre VII. La Structure nu cerveau [99]

Esquisse embryologique, 99. Dissection d'un cerveau de mouton, 103.

 

Chapitre VIII. Les Fonctions du cerveau [115]

Notion sommaire des fonctions nerveuses, 115. Les centres nerveux de la grenouille, 116. Les centres inférieurs du pigeon, 122. Fonctions des hémisphères, 123, La théorie mécaniste, 127. Les localisations cérébrales, 132. Parallélisme de l'analyse du cerveau et de l'analyse de la conscience, 132. La région motrice, 134. L'aphasie, 136. Le centre de la vision, 139. Cécité mentale, 141. Le centre de l'audition, surdité mentale, 142. Autres centres, 147.

 

Chapitre IX. De quelques conditions générales de l'activité  nerveuse [155]

La décharge nerveuse, 155. Le temps de réaction, 156. Réactions simples, 158. Réactions complexes, 160. Sommation des excitations, 165. Irrigation sanguine du cerveau, 167. Mesure de la température du cerveau, 169. Phosphore et pensée, 170.

 

Chapitre X. L'Habitude [173]

Son importance et son fondement physique, 173. Ses conditions cérébrales, 176. Ses effets pratiques, 178. Chaînes de contractions musculaires, 181. Présence de sensations inconscientes, 182. Corollaires pédagogiques, 183. Quatre maximes sur les habitudes morales, 186.


 

Chapitre XI. Le Courant de la conscience [195]

Nécessité d'une méthode analytique, 195. Tout état de conscience fait partie d'une conscience personnelle, 197. La conscience ne cesse de changer, 199. Continuité empirique de la conscience, 204. États de conscience substantifs et transitifs, 206. La « frange » de la pensée, 211. Le « thème » de la pensée, 216. Indifférence de la pensée rationnelle à la qualité des images, 217. La conscience obéit à la loi d'intérêt, 220.

 

Chapitre XII. Le moi [227]

Le « moi » et le « je », 227. Le moi matériel, 229. Le moi social, 230. Le moi spirituel, 233. La conscience de la valeur du moi, 234. Amour du moi, 237. Rivalité des moi, 239. Hiérarchie des moi, 245. Finalité de l’égoïsme. 249. Le « je », 252. Simplicité de la pensée, 253. L'âme est-elle l'agent des combinaisons mentales ? 258. Le sentiment d'identité personnelle, 259. Identité du moi. 260. Identité du je, 261. Appropriation du moi par le je, 263. Altérations et dédoublements du moi, 265. Illusions des fous, 267. Personnalités alternantes, 271. Médiumnité, 274. Le penseur n'est autre que la pensée, 277.

 

Chapitre XIII. L'Attention [281]

Êtroitesse du champ de la conscience, 281. Attention dispersée, 282. L'étendue de la conscience, 283. Variétés de l'attention, 286. Attention spontanée, 287. Attention volontaire, 290. L'objet de l'attention doit changer, 292. Génie et attention, 295. Conditions physiologiques de l'attention, 296. Accommodation des organes, 297. Préperception, 301. Deux corollaires pédagogiques, 308. Attention et liberté, 309.

 

Chapitre XIV. La Conception [311]

Différents états de conscience peuvent avoir une même signification, 311. Conceptions de l'abstrait, de l'universel et du problématique, 314. Penser le même n'est pas avoir la même pensée, 318.


 

Chapitre XV. La Discrimination. [319]

Discrimination et association, 319. Différences connues par perception immédiate, 321. Différences connues par inférence. 324. Différenciation des éléments d'un composé, 325. Dissociation par variation des concomitants, 328. La faculté de discrimination s'affine à l'usage, 329.

 

Chapitre XVI. L'Association [331]

L'ordre d'apparition des idées, 331. Il est déterminé par des lois cérébrales, 333, et, en dernier lieu, par l'habitude, 334. Loi fondamentale, 335. Idéations spontanées, 337. Rappel intégral, 339. Rappel partiel et loi d'intérêt, 342. La fréquence, la récence, la vivacité et l'affinité émotionnelle comme facteurs d'association, 345. Rappel « centré » ou association par ressemblance, 349. Idéations volontaires, 354. Position et solution des problèmes, 355. Le rapport logique de ressemblance n'est pas un facteur d'association, 361. Conclusion, 362.

 

Chapitre XVII. La Perception du temps [365]

La perception du présent est la perception d'une durée, 365. Il n'y a pas de perception de temps vide, 367. Nous mesurons le temps par son contenu, 368. Le sentiment du passé est un sentiment présent, 372. Ses conditions cérébrales, 373.

 

Chapitre XVIII. La Mémoire [375]

Analyse du souvenir, 375. Conservation et rappel, 377. Leur explication par des voies nerveuses, 378. Les conditions d'une bonne mémoire, 382. Le « chauffage », 385. Le coefficient naturel de rétention, 386. Comment améliorer la mémoire, 389. La reconnaissance, 390. L'oubli, 391. Pathologie de la mémoire, 392.

 

Chapitre XIX. L'Imagination [395]

Sa nature, 395. Ses variations, 396. Enquêtes de Galton sur l'imagination visuelle, 397. Images auditives, 400. Images musculaires, 401. Images tactiles, 403. Pathologie de l'imagination, 404. Physiologie de l'imagination, 405.


 

Chapitre XX. La Perception [411]

Sensation et perception, 411. Simplicité de l'acte de perception, 413. Toute perception porte sur un objet précis, 416. Les illusions, 418. Premier type : illusions causées par l'habitude, 419. Deuxième type : illusions causées par l'imagination, 424. Illusion du correcteur d'épreuves, 425. Aperception, 430. Grandeur et décadence de la faculté d'assimilation, 432. Physiologie de la perception, 434. Hallucinations, 435.

 

Chapitre XXI. La perception de l'espace [443]

L'étendue est une qualité originelle de toutes les sensations, 443. Construction de l'espace réel, 447. Ses diverses phases : 1) Divisions du champ de perception, 448. 2) « Objectivation », 448. 3) « Extériorisation », 450. 4) « Localisations », 441. 5) Mesures détendue. 453. Sensations-signes, 457. La troisième dimension et la théorie de Berkeley, 459. Rôle de l'intelligence dans la perception de l'espace, 463.

 

Chapitre XXII. Le Raisonnement [465]

Définition du raisonnement, 465. Il implique l'abstraction, 467. Conception de l’« essence » des choses, 469. Le raisonnement et la loi d'intérêt, 474. Il implique sagacité et savoir, 477. La sagacité, 480. L'association par ressemblance auxiliaire du raisonnement, 483. Les bêtes raisonnent-elles ? 486.

 

Chapitre XXIII. Conscience et Mouvement [491]

Tout état de conscience est moteur, 491. Trois espèces de mouvements consécutifs aux états de conscience, 494.

 

Chapitre XXIV. L'Émotion [495]

Émotions et instincts, 495. Les variétés de l'émotion sont innombrables, 496. Le principe générateur de ces variétés, 498. L'émotion « forte » est la conscience de son expression organique, 498. Cette théorie n'est pas matérialiste, 505. Elle explique la grande variabilité des émotions, 506. Un corollaire, 508. Une objection, 509. Les émotions « fines », 510. Analyse de l'émotion de la peur, 511. Genèse des réactions émotionnelles, 513.


 

Chapitre XXV. L'Instinct [521]

Définition de l'instinct, 521. Tout instinct est une impulsion. 523. Les instincts ne sont ni toujours aveugles, ni toujours invariables, 526. Deux principes de variations, 531. Inhibition des instincts par des habitudes, 531. Caducité des instincts. 535. Tableau des instincts de l'homme, 540. Analyse de l'instinct de la peur. 543.

 

Chapitre XXVI. La Volonté [553]

Les actes volontaires, 553. Ce sont des actes secondaires, 554. Deux espèces de représentations des mouvements, 555. Inutilité d'un « sentiment d'innervation », 557. L'« image-déclic », 559. L'action idéo-motrice, 563, L'action précédée de délibération, 570. Cinq types principaux de décision, 572. Le sentiment d'effort, 578. La santé de la volonté, 579. Les maladies de la volonté, 580, Volonté explosive : 1) par insuffisance d'inhibition, 581 ; 2) par excès d'impulsion, 585, Volonté obstruée, 587. L'effort est perçu comme une force originale, 589. Le plaisir et la douleur comme mobiles d'action, 591. L'état de conscience qui retient l'attention détermine l'action, 596. Le vouloir s'achève dans la conscience, 597. L'effort volitionnel est un effort d'attention, 598. La question du libre arbitre, 606. Importance morale de l'effort, 609.

 

Épilogue. Psychologie et Philosophie [613]

Qu’entend-on par Métaphysique ? 613. Rapports de la conscience et du cerveau, 614. Rapports des états de conscience et de leurs objets, 618. Les transformations de la conscience, 620. Les étals de conscience sont des faits invérifiables, 621. Conclusion, 622.