lundi 2 mars 2026

Avis pour dresser une bibliothèque - Gabriel Naudé

 Avis pour dresser une bibliothèque - Gabriel Naudé

Finalement, si ces raisons n’ont assez de pouvoir pour vous disposer à cette entreprise, je me persuade, au moins, que celle de votre contentement particulier sera seule assez capable et puissante pour vous y faire résoudre. Car, s’il est possible d’avoir, en ce monde, quelque souverain bien, quelque félicité parfaite et accomplie, je crois certainement qu’il n’y en a point qui soit plus à désirer que l’entretien et le divertissement fructueux et agréable que peut recevoir d’une telle bibliothèque un homme docte, et qui n’est point tant curieux d’avoir des livres (...)

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mais aussi des études et cabinets qui, pour n’être connus -ni hantés, demeurent ensevelis dans un perpétuel silence. Ce qui ne semblera point étrange et nouveau, si on considère quatre ou cinq -raisons principales qui m’ont fait avancer cette proposition. La première desquelles; est qu’on ne peut rien faire à l’imitation des autres bibliothèques si l'on ne sait, par le moyen des catalogues qui en sont dressés, ce qu’elles contiennent. La seconde, parce qu’ils nous peuvent instruire des livres, du lieu, du temps et de la forme de leur impression. La troisième,  autant qu'un esprit généreux et bien né doit avoir le désir et l’ambition d’assembler, comme en un bloc, tout ce que les autres possèdent en particulier, utquœ divisa beatos efficiunt, in se mixta fluant. La quatrième, parce que c’est faire plaisir et service à un ami, quand on ne lui peut fournir le livre duquel il est en peine, de lui montrer et désigner au vrai le lieu où il en pourrait trouver quelque copie, comme l’on peut faire facilement par le moyen de ces catalogues. Finalement, à cause que nous ne pouvons pas, par notre seule industrie, savoir et connaître les qualités d’un si grand nombre de livres qu’il est besoin d’avoir, il n’est pas hors de propos' de suivre le jugement des plus versés et entendus en cette matière et d’inférer en cette sorte : puisque ces livres ont été recueillis et achetés par tels et tels, il y a bien de l’apparence qu’ils méritent de l’être, pour quelque circonstance qui nous est inconnue. Et, en effet, je puis dire avec vérité que, pendant l’espace de deux ou trois ans que j’ai eu l’honneur de me rencontrer avec Monsieur de F. chez les libraires, je lui ai vu acheter souvent de si vieux livres, et si mal couverts et imprimés, qu’ils me faisaient sourire et émerveiller tout ensemble,jusqu’à ce que, prenant la peine de me dire le sujet et les circonstances pour lesquelles il les achetait, ses causes et raisons me semblaient si pertinentes que je ne serai jamais diverti de croire qu’il est plus versé en la connaissance des livres, et qu’il en parle avec plus d’expérience (...) 

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