samedi 16 mai 2026

Romantisme anticapitaliste et nature - Robert Sayre - Michael Lowy

Romantisme anticapitaliste et nature - Robert Sayre - Michael Lowy

 Le romantisme comme vision du monde

Qu’entendons-nous par « vision du monde » ? Nous nous sommes inspirés des travaux du sociologue de la culture Lucien Goldmann, qui a développé toute une tradition de la pensée allemande, notamment celle de Wilhelm Dilthey. Pour Dilthey, une vision du monde est une forme intérieure de pensée (innere Denkform), c’est-à-dire un état d’esprit fondamental (Grundsiimmung), Notre approche du romantisme en tant que Weltanschauung s’inscrit dans cette tradition, et les écrits de Goldmann constituent notre point de départ, bien que nous ayons reformulé ses arguments dans une large mesure.

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 Le romantisme contre le capitalisme

 Comme nous l’avons déjà suggéré, le romantisme ne conteste pas toujours le système capitaliste dans son ensemble, mais réagit souvent à un certain nombre de traits de la modernité qu’il trouve particulièrement odieux et insupportables. Voici quelques exemples marquants - dans une liste qui est loin d’être exhaustive - de composantes caractéristiques et interdépendantes de la civilisation moderne fréquemment déplorées ou dénoncées dans les œuvres romantiques :

1) Le désenchantement du monde. Dans un passage célèbre du Manifeste communiste, Marx et Engels observent que « les frissons sacrés de l’extase religieuse, de l’enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité à quatre sous » du passé ont été tués par la bourgeoisie, noyés « dans les eaux glacées du calcul égoïste ».

2)    La quantification du monde. Selon Max Weber, le capitalisme est né avec la diffusion des livres de comptes des marchands, c’est-à-dire avec le calcul mathématique des recettes et des dépenses.

 3)    La mécanisation du monde. Au nom du naturel, de l'organique, du vivant et du « dynamique », les écrivains romantiques ont souvent manifesté une profonde hostilité à l'égard de tout ce qui est mécanique, artificiel ou construit. 

4) La dissolution des liens sociaux. Les romantiques sont douloureusement conscients de l’aliénation des relations humaines, de la destruction des anciennes formes « organiques » et communautaires de la vie sociale, de l’isolement de l’individu dans son moi égoïste, qui, pris ensemble, constituent une dimension importante de la civilisation capitaliste, centrée sur la vie urbaine. Saint-Preux, dans La Nouvelle Héloïse de Rousseau, n’est que le premier d’une longue lignée de protagonistes romantiques qui se sentent seuls, incompris, incapables de communiquer de manière significative avec leurs semblables, et cela surtout au centre même de la vie sociale moderne, dans le « désert urbain ».
 

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Le capitalisme, contre la nature
À cette liste de thèmes romantiques prédominants, il convient d’ajouter celui qui est au centre de cette étude : la destruction de la nature. Le gaspillage, la dévastation et la désolation infligés à l’environnement naturel par la civilisation industrielle sont souvent un motif profond de tristesse et de colère romantique

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La dernière figure que nous évoquerons ici, issue de ta première période a l'origine de la révolte romantique, est le poète anglais John Clare.

Enclosure elegies 

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Thomas Cole (1801-1848) reconnu comme une figure majeure de l'art américain du XIXe «siècle et comme le talentueux fondateur de l'école de paysage de l’Hudson River. 

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 Walter Benjamin 

La Zivilisationskritik romantique et la découverte du marxisme ( 1913-1930) 

Walter Benjamin occupe une place unique dans l\ t,>iiv de la pensée révolutionnaire moderne, en tant a* «rentier marxiste à rompre radicalement avec l'idéologie ju progrès. Il a également été l'un des premiers marxistes à proposer une critique radicale du concept de « l'exploitation de la nature » et de la relation destructrice - « meurtrière » selon son terme - du capitalisme avec la nature. Sa pensée possède donc une qualité critique qui la distingue des tonnes dominantes et « officielles » du matérialisme historique. Cette particularité tient à sa capacité d'incorporer dans le corps de la théorie révolutionnaire marxiste des idées issues de la critique romantique de la civilisation. Par sa déconstruction radicale de la vision moderne dominante de l'histoire comme « progrès » et son empathie avec les attitudes non destructrices prémode mes envers la nature. Benjamin a préparé le terrain pour certains développements ultérieurs de la pensée écologique radicale.

L’un des premiers articles de Benjamin - publié en 1913 - est précisément intitulé « Romantik ». Il s’agit d'un appel à la naissance d’un « nouveau romantisme » et d un hommage au « désir romantique de beauté, de vérité et d'action » qui constitue un moment suprême de la culture moderne. Ce texte inaugural témoigne à la fois de la profonde affinité de Benjamin avec la tradition romantique - conçue comme étant à la fois art, connaissance et praxis -et de son désir de la renouveler1.

Comme beaucoup d’auteurs romantiques, le jeune Benjamin tend à spiritualiser la nature, comme on peut le voir dans le fragment (non publié par Benjamin) sur la «couleur» de 1915: «L'Arc-en-ciel. Un dialogue sur l'imagination ». L'imagination est « la couleur de la nature, des montagnes, des arbres, des rivières et des vallées, mais surtout des fleurs et des papillons, des mers et des nuages » ; et la couleur de l'arc-en-ciel « spiritualise et donne une âme (beseelt) à la nature ». Ce n’est pas par hasaid que le grand artiste allemand de la Renaissance Matthias Grünewald a peint ses anges avec les couleurs de l'arc-en-ciel. « afin que les âmes de ces saints personnages brillent comme l’imagination1 ».

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La vision critique de Benjamin lui permettait de perce- ] voir - intuitivement, mais avec une acuité surprenante - les j catastrophes que la crise de la civilisation industrielle/capi-taliste réservait à l’Europe. Mais même Benjamin, l’un des plus pessimistes de son temps, n’aurait pas pu prévoir les destructions que la Luftwaffe allait faire pleuvoir sur les populations civiles des villes européennes, et encore moins imaginer qu’IG Farben, la grande entreprise chimique allemande, douze ans plus tard, installerait des usines dans les camps de concentration pour exploiter les prisonniers comme travailleurs forcés et produirait, par le biais d’une filiale, le gaz mortel utilisé dans la Solution finale.

L’article de 1929 témoigne de l’intérêt de Benjamin pour le surréalisme, qu’il considère comme une manifestation moderne du romantisme révolutionnaire. On pourrait peut-être définir l’approche commune à Walter Benjamin et André Breton comme une sorte de « marxisme gothique », distinct de la version dominante, de tendance métaphysiquement matérialiste et contaminée par F idéologie évolutionniste du progrès. L’adjectif « gothique » doit être compris dans son sens romantique, comme une fascination pour le merveilleux et aussi pour les aspects enchantés des sociétés et des cultures prémodemes

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 Cette terreur typiquement romantique de la mécanisation de la vie est reformulée en termes contemporains par Benjamin dans ses essais des années 1930 sur Baudelaire en référence à la transformation des prolétaires en automates11 les gestes mécaniques répétitifs et insensés du travailleur soumis à la machine (et ici Benjamin cite directement plu. sieurs passages de Das Kapital) sont semblables aux gestes automates des gens qui marchent dans les rues des villes, tels qu’ils sont décrits par Poe et Hoffmann. Les ouvriers comme les membres de la foule sont victimes de la civilisation urbaine et industrielle, qui a détruit toute Erfahrung (expérience) authentiquement humaine - enracinée dans la mémoire d’une tradition culturelle et historique - pour la remplacer par une Erlebnis (expérience immédiate) superficielle, en particulier par Chockerlebnis (expérience de choc) qui provoque chez les individus un comportement purement réactif, les transformant en automates qui ont complètement perdu toute mémoire1.

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Oeuvres - Kierkegaard

 Oeuvres - Kierkegaard

OU BIEN ... OU BIEN

 Qu’eSt-ce qu’un poète? Un homme malheureux qui enferme en son cœur de profonds tourments mais dont les lèvres sont ainsi faites que le soupir et le cri, au moment où ils en déferlent, résonnent comme une belle musique.

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 Mon âme eSt si pesante qu’aucune pensée ne peut plus la porter, aucun coup d’aile ne peut plus l’élever dans l’éther. 

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 Au total, quelle est la signification de cette vie ? Si l’on divise les êtres humains en deux grandes classes, on peut dire que l’une travaille pour vivre, alors que l’autre n’en a pas besoin. Mais travailler pour vivre, cela ne peut être le but de la vie ; en effet, il y a contradiction dans le fait que la question du sens de ce qui conditionne la vie soit réglée par la production même de ces conditions. La vie des autres, en général, n’a pas de signification non plus, sinon le fait de consommer les conditions. Si l’on veut dire que la signification de la vie eSt de mourir, cela aussi semble une contradiction.

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 Il semble que je sois destiné à souffrir tous les états d’âme possibles, faire des expériences en toutes directions. A tout moment, je suis comme un enfant qui eSt censé apprendre à nagea: au beau milieu de la mer. Je crie (je tiens cela des Grecs dont on peut apprendre ce qu’il y a de purement humain) ; car j’ai bien une ceinture autour de k taille, mais la perche qui est censée me maintenir, je ne la vois pas. C’eSt une manière terrible de faire des expériences.

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 Pour moi, rien n’eSt plus dangereux que de se souvenir. Dès que je me souviens de circonstances de ma vie, ces circonstances cessent d’exister. On dit que la séparation aide à raviver l’amour. C’eSt tout à fait vrai, mais elle le ravive d’une manière purement poétique. Vivre dans le souvenir, c’eSt la vie la plus parfaite qui soit imaginable, le souvenir rassasie plus richement que toute réalité, et il a une assurance que ne possède aucune réalité. Des circonstances de la vie que Ton se rappelle sont déjà entrées dans l’éternité et n’ont plus aucun intérêt temporel.

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La culture alternée

 Des gens d’expérience soutiennent que partir d’un principe de base eSt très judicieux : je le leur concède et pars du principe que tous les humains sont ennuyeux. Y aurait-il quelqu’un d’assez ennuyeux pour me contredire à ce sujet ? 

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 L’oisiveté, a-t-on coutume de dire, eSt la racine de tous les maux. Pour empêcher le mal, on recommande le travail. On voit aisément, cependant, tant à la crainte qu’au moyen recommandé, que cette considération eSt d’origine fort plébéienne. L’oisiveté en tant que telle n’eSt nullement une racine du mal, au contraire, c’eSt une vraie vie divine lorsqu’on ne s’ennuie pas.

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L’ennui eSt, d’une part, une génialité immédiate, d’autre part, une immédiateté acquise. La nation anglaise eSt, à tout prendre, la nation paradigmatique. La véritable indolence géniale se rencontre rarement; dans la nature, elle n’exiSte pas, elle appartient au monde de l’esprit. 

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 LE JOURNAL D'UN SEDUCTEUR

 Suis-je devenu aveugle ? Le regard intérieur de mon âme a-t-il perdu sa force ? Je l’ai vue, mais c’est comme si j’avais vu une apparition céleste, tant son image a disparu pour moi. 

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 C’eSt ainsi. La fille m’impressionna et elle, je L’ai oubliée, l’autre ne m’a pas impressionné, et elle, je me la rappelle.


Le 11.

Mon âme est encore prise dans la même contradiction. Je sais que je . l’ai vue, mais je sais, aussi que j?ai oublié son image, de sorte que le souvenir qu’il me reste ne soulage pas. Avec une inquiétude et une violence qui mettent mon bien-être en jeu, mon âme réclame cette image, et cependant elle ne se montre pas ; je pourrais m’arracher les yeux pour les châtier de leur manque de mémoire. 

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Maudit hasard ! Jamais je ne t’ai maudit de t’être manifesté, je te maudis parce que tu ne te manifestes tout simplement pas. 

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Ainsi, on peut même être amoureux de beaucoup de filles en même temps, parce que l’on eSt différemment épris de chacune. En aimer une seule, c’eSt trop peu, les aimer toutes, c’eSt superficiel ; se connaître soi-même et en aimer le plus grand nombre possible, garder en son âme toutes les puissances de l’amour afin que chacune ait son aliment propre, en même temps que la conscience étreint l’ensemble — voilà la jouissance, voilà qui eSt vivre.

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Le moment décisif approche. Je pourrais m’adresser à la tante, solliciter par écrit la main de Cordélia. C’eSt la façon habituelle de procéder en matière de cœur, comme s’il était plus naturel pour le cœur d’écrire que de parler. Ce qui me déciderait à opter pour ce procédé, c’eSt précisément ce qu’il a de philistin.

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 Un baiser eSt un acte symbolique qui ne signifie rien si le sentiment qu'il est censé dénoter n’eSt pas présent, et ce sentiment ne peut être présent qu’en des circonstances précises. — Si l’on veut tenter de classifier les baisers, on peut imaginer plusieurs principes de classification.

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OU BIEN OU BIEN II 

 L'élaboration de la personnalité

Mais alors, qu’est-ce que mon moi ? Si je voulais parler d’un premier instant, d’une première expression, je répondrais : c’eSt le plus abstrait de tout qui, cependant, eSt également en soi le plus concret de tout — c’eSt la liberté.

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 De tels désirs, on en entend suffisamment, mais as-tu jamais entendu quelqu’un désirer pour de bon devenir un autre, pouvoir devenir un autre ; nous en sommes si -loin qu’il e$t précisément caractéristique de ce que l’on appelle des individualités malheureuses qu’elles se cramponnent bien fermement à elles-mêmes, et que, malgré toutes leurs souffrances, elles ne voudraient pour rien au monde être autres. 

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Pourtant, la raison pour laquelle il peut paraître à un individu qu’il puisse constamment changer tout en restant le même, comme si son être intime était une grandeur algébrique capable de signifier ce qui devrait être, cette raison dent à ce qu’il eSt incorrectement situé, qu’il ne s’eSt pas choisi lui-même, qu’il n’en a pas idée, et cependant il se trouve, même dans son incompréhension, une reconnaissance de la valeur éternelle de la personnalité. 

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 Pourtant, la raison pour laquelle il peut paraître à un individu qu’il puisse constamment changer tout en restant le même, comme si son être intime était une grandeur algébrique capable de signifier ce qui devrait être, cette raison tient à ce qu’il eSt incorrectement situé, qu’il ne s’eSt pas choisi lui-même, qu’il n’en a pas idée, et cependant il se trouve, même dans son incompréhension, une reconnaissance de la valeur étemelle de la personnalité. En revanche, pour celui qui eSt correctement situé, il en va autrement. Il se choisit lui-même, non pas au sens fini, car alors ce « moi » serait une chose finie évoluant parmi d’autres choses finies, mais au sens absolu, et cependant il se choisit lui-même, lui et pas un autre. Ce moi qu’il choisit ainsi eSt infiniment concret, car c’eSt lui-même, et cependant il eSt absolument différent de son moi antérieur, car il l’a choisi absolument Ce « moi » n’a pas existé auparavant, car il eSt devenu par le choix, et pourtant il a existé, car c’était « lui-même ». 

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 L’individu découvre maintenant que ce « moi » qu’il choisit a, en soi, une infinie multiplicité, dans la mesure où il a une histoire, une histoire en laquelle il reconnaît son identité personnelle. Cette histoire est, diverse, car il s'y trouve en relation avec d’autres' individus de son espèce ou avec l’espèce tout entière, et cette histoire implique quelque chose de douloureux, et pourtant il n’eSt celui qu’il est que par cette histoire. Voilà pourquoi il faut du courage pbur se choisir soi-même; car en même temps qu’il semble s’isoler le plus, il s’enfonce le plus à la racine qui le raccorde au tout. Cela l’angoisse et pourtant il faut qu’il en soit ainsi ; car lorsque la passion de la liberté est éveillée en lui - et elle est eveillée dans de choix, tout comme elle se présuppose dans le choix — il choisit lui-même et combat pour cette possession comme pour sa félicité, et c’eSt sa félicité.
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 MIETTES PHILOSOPHIQUES

 Dans quelle mesure la vérité peut-elle s’enseigner ? C’eSt par cette question que nous allons commencer.

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 Le concept d'angoisse

 Selon moi, celui qui veut écrire un livre ferait bien de réfléchir au sujet sur lequel il veut écrire. Il ne ferait pas mal non plus de prendre connaissance, dans la mesure du possible, de ce qui a déjà été écrit sur le même sujet.

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 SUR MON ACTIVITE D'ECRIVAIN

 Le mouvement que décrit mon écriture eSt le suivant: du «poète» (l’esthétique), du «philosophe» (le spéculatif) vers une ébauche de la plus profonde détermination du chrétien : elle part de l’écrit pseudonyme Ou bien... ou bien, et, en passant par le PoSt-scriptum définitif où mon nom figure comme éditeur-, elle aboutit aux Discours pour la communion du vendredi dont deux ont été prononcés en l’église Notre-Dame.

 

 

 

Les profanateurs - Jacques Henric

Les profanateurs - Jacques Henric

Le journal que tient un écrivain, Elias Canetti le définit , ainsi dans son livre La Conscience des mots : « le partenaire -Cruel». Avec lui, il doit dialoguer. Sans lui, il ne pourrait avancer dans son travail. Canetti en distingue différents types : les carnets, les agendas, les journaux proprement dits. Plutôt agenda, mon journal ? D’une certaine manière, oui, si je considère qu’il obéit, comme un calendrier, à un souci de chronologie : mois, jours, événements importants, parfois un certain laconisme. Simple carnet ? Oui, si l’on s’en tient à la définition de Canetti : « spontanés et contradictoires », « sans dessein », « consignés sans discrimination ». 

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 Cette fois, c’est la presse de gauche qui monte au créneau, dénonçant, sans un début de preuve, l’extrême droite raciste et esclavagiste comme ayant commandité l’assassinat et armé le tueur. Pour preuve, Gilbert Collard et Roland Dumas ont produit une lettre reçue d’un groupe qui signait « Charles Martel », menaçant tous ceux qui en France défendaient les Algériens.

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Parution chez Gallimard des deux livres de Pierre, Le Livre et une réédition de Vivre. Nouvel épisode des censures dont ont été victimes nombre de livres de Guyotat, notamment ces refus répétés par son éditeur, Gallimard. Il y eut la lamentable affaire d’Éden, Éden, Éden, Georges Lambrichs, directeur de la revue Le Chemin, refusant le livre, puis contraint de l’accepter après une campagne de soutien à Pierre. Barthes, Leiris et Sollers en sont, ils préfaceront le livre, et Foucault le défendra dans la presse. Prostitution ne parut pas non plus sans difficultés, et cette fois, la méthode est plus vicieuse. Pour se débarrasser d’un livre que l’éditeur ne souhaite pas publier, c’est simple : ne pas répondre. On ne refuse pas, on ne donne plus signe de vie à l’auteur. 

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 Déjeuner avec les membres du prix Pasolini dans le restaurant tïe l’Accattone. Première sélection. Présents : Catherine, fille de Françoise Dolto, médecin de Kazik, Matzneff, Clementi, Kazik et moi. Ont envoyé leurs voix : Topor, Arrabal, Klossowski. Sélectionnés : David Bowie, Hugo Claus, Achtenbusch, Denis Roche (voix de Catherine et moi), Alain Fleischer (Klossowski), Bob Wilson. Ce malin de Kazik essaie de manipuler le jury. Trois prix sont prévus : « artiste polyvalent », « découverte », « mécénat ». Pour le troisième, Matzneff et Clementi choisissent Saint Laurent, qui les a tous deux sponsorisés. On se reparle, Catherine et moi, de la réunion de l’après-midi. Matzneff, toujours charmant avec nous, mais dont j’ai retrouvé la signature dans la revue Krisis d’Alain de Benoist Pas surprenant de sa part, défenseur des Serbes de Bosnie, avec Patrick Besson et feu Hallier. Son candidat pour le prix Pasolini : Duteurtre !

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 Parution de l’article d’Annette Lévy-Willard dans Libération. Compte rendu du Artpress sur Krisis. Déclarations inouïes d’Alain de Benoist (pas surprenantes pour nous, mais qui devraient faire réfléchir les naïfs piégés par lui), de Jean Clair et surtout de Baudrillard qui persiste et signe, avouant ainsi ses sympathies politiques : c’est nous qui sommes des f fascistes », quant aux néo-nazis et autres négationnistes entourant de Benoist, ils ont fait un très bon numéro de revue.

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 Lu les épreuves du Onfray, un essai politique à paraître chez Grasset en septembre. Re-apologie de l’hédonisme, de ^anarchisme. Et il y a toujours, repérables dans tous ses livres, quelques symptômes inquiétants, anti-intellectualisme, démagogie populiste, culte du chef (son apologie du Condottiere) qui pourraient le faire récupérer par la Nouvelle Droite (son anti-catholicisme viscéral, ses références aux « grands penseurs de la modernité » : Gramsci - aujourd’hui revendiqué par l’extrême droite -, Le Bon, Sorel... Ses cibles : Walter Benjamin, Bataille).

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 Déjeuné avec Gaëüe. Discuté de littérature. Elle a lu Bataille très tôt, Calaferte, admire les dessins érotiques de Picasso. A vécu, très jeune, à New York, auprès d’un poète américain, Ira Cohen, ami de la bande à Jonas Mekas, Burroughs, Ginsberg, Gysin, Bowles. Je suis frappé par sa voix douce de petite gamine. Son visage a ce charme slave, dû sans doute à ses origines russes. Elle m’apprend qu’elle a écrit un scénario à partir d ’Histoire de l’œil de Bataille. Le film n’a pu être tourné. Dommage. Je lui propose facétieusement de reprendre le projet et de jouer dans le film. On décide de se revoir.

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Lu le livre de Genka. Les maladresses d’un très romancier, mais le livre est fort. 

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 Cécile Guilbert à la Fabrique. Elle m’apporte son texte accompagnant la réédition de Tristram Shandy.

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Projection privée d’un film de Catherine Breillat. Très bon. Une très jeune fille partagée entre amour et cul. 

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Vernissage Dado à Sérignan, suivi d’un casse-croûte. Catherine, assise à côté de Dado, ne supporte plus le baratin d'un gros type au crâne chauve et à la barbiche intello placé en face d’eux. Apologiste des Serbes, discours violemment anti-américain. Je reconnais le bonhomme et fais signe à Catherine de laisser courir. C’est l’éditeur de Fata Morgana, Bruno Roy, qui s’est récemment illustré en publiant un ouvrage d’Alain de Benoist, ce qui lui a valu une lettre ouverte, indignée, de Blanchot dans La Quinzaine littéraire, lequel exigeait le retrait de tous ses livres publiés dans sa maison d’édition.

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 Diable ! Ce « genre de livre », Le Seuil en a publié plusieurs, à commencer par le propre livre de Denis,, Louve basse, où abondent les photos, ses photos.

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Pétition initiée, paraît-il, par ClaudeLanzmann, ce qui expliquerait la signature inattendue de Sollers car y était demandée l’interdiction du livre de Camus. 

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Dans Libé, excellente réponse de Jean-Loup Rivière à Claude Durand concernant Renaud Camus

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 2000

Coup de téléphone de Sollers, qui revient sur le débat autour de Renaud Camus, dans lequel il s’est mouillé. Il se justifie en me rappelant que Camus, dans les années 1970, avait écrit un texte dans la revue homo Le Gai Pied, où il le traitait de « nazi ». On fait le tour des signataires de la pétition pro-Camus et il me signale l’article de Finkielkraut dans Le Monde. Selon Sollers, la cible visée par Finkielkraut : Lanzmann, à l’origine de la pétition contre Camus.

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 Hier, la femme de Jospin est venue au secours de Renaud Camus dans Le Figaro.

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 Parution de Paris Match avec la photo pleine page de Catherine (entourée lascivement de Pierre Lescure, Thierry Ardisson et Frédéric Beigbeder - carrément couché sur elle). Photo prise à Canal +.

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La révolution - Gustav Landauer

La révolution - Gustav Landauer

 La révolution concerne toute la vie sociale des hommes. C’est-à-dire non seulement l’État, le système des ordres, les institutions religieuses, la vie économique, les courants spirituels et leurs expressions, l’art, la culture et l’instruction, mais un amalgame de toutes ces représentations de la vie sociale, mélange qui se trouve pendant un certain laps de temps dans un état particulier de stabilité qui fait autorité. Ce mélange général et englobant de la vie sociale en état de stabilité relative, donnons-lui le nom de topie.

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D’où la première loi : chaque topie est suivie d’une utopie, et celle-ci est suivie à son tour d’une topie, et ainsi de suite.
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Nous appelons révolution le laps de temps pendant lequel l’ancienne topie n’est plus établie sur une base solide alors que la nouvelle ne Test pas encore. La révolution est donc la voie qui mène d’une topie à l’autre, à travers le chaos et l’émeute, l’individualisme  (héroïsme et bestialité, solitude de la grandeur et abandon misérable de la masse atomisée), d’une stabilité relative à une autre stabilité relative.

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Seconde loi : les exigences pratiques de la vie sociale pendant l’époque de l’insurrection et de la transition révolutionnaires ont pour conséquence que la nouvelle topie se construit au cours de la révolution comme dictature, tyrannie, gouvernement provisoire, autorité déléguée ou toute chose semblable.

1er corollaire : la nouvelle topie, qui surgit pour sauver l’utopie, signifie en même temps sa perte.

2 e   corollaire: les exigences pratiques qui doivent finalement mener à la formation d’une nouvelle topie sont non seulement les troubles que la révolution a provoqués dans la vie économique, mais très fréquemment des interventions surgies d’un environnement hostile. 

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Redisons-le ici : l’âge chrétien représente un degré de la civilisation où les structures sociales diverses qui coexistent séparément sont pénétrées d’un esprit unitaire pour former librement un ensemble constitué de multiples éléments indépendants. Nous appelons principe de stratification ce principe du Moyen Age, en opposition au principe du centralisme et du pouvoir d’État qui s’immisce toujours là où l’esprit commun a été perdu. Nous ne voulons pas prétendre qu’il n’y ait pas eu d’État à l’époque chrétienne, encore que tout porte à croire qu’il ne faut pas utiliser ce mot pour désigner des institutions d’une tout autre nature ; néanmoins, de toutes les façons, il n’y a pas eu de toute-puissance de l’État, d’État comme forme centrale de toutes les autres formes de la communauté, mais tout au plus l’État comme structure imparfaite, étiolée, à côté d’autres formations les plus diverses de la vie commune. Il n’y avait d’État que des reliquats de l’époque romaine et de timides ébauches nouvelles, qui n’ont pris de l’importance qu’à l’époque de la dissolution et de la révolution.

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 DISCOURS DE LA SERVITUDE ET DE SES VOLONTAIRES
Il en est de même de l’autre versant de l’argument qu’implique 1 idée de servitude volontaire, à savoir qu’il suffirait de ne pas accepter d’être dominé pour être aussitôt libéré. La « réalisation du socialisme est toujours possible si un nombre suffisant de gens le souhaite. » Certes, le socialisme prendrait un visage différent selon le degré de développement technologique, mais il ne dépend pas de lui, il dépend des gens et de leur esprit. « Le socialisme est possible et impossible de tout temps ; il est possible quand les gens qui conviennent sont là pour le vouloir et pour le faire ; il est impossible quand les gens ne le veulent pas ou prétendent qu’ils le veulent, mais ne sont pas capables de le faire9 ». Une certaine lecture de Marx avait convaincu Landauer que le chemin tracé menait à une impasse : on ne peut aller à une société non autoritaire en passant par l'autorité, ni à une société sans Etat en passant par l'État. 

Appel au socialisme - Gustav Landauer

Appel au socialisme - Gustav Landauer

 Présentation

 Lors d’un second emprisonnement pour incitation à l’action révolutionnaire, Landauer se plonge dans un long et minutieux travail d’édition de l’oeuvre majeure du linguiste Fritz Mauthner, Contributions à une critique du langage , et il traduit vers l’allemand moderne les écrits du mystique médiéval Maître Eckhart. Ces travaux littéraires seront suivis de plusieurs traductions (d’Octave Mirbeau, de Pierre Kropotkine, de Bernard Shaw), que Landauer réalise seul ou avec sa seconde épouse, la poétesse et traductrice Hedwig Lachmann (ensemble, ils publient d’importantes traductions d’Oscar Wilde et de Rabindranath Tagore). C’est au cours de cette période que paraît le premier essai de Landauer — qui avait déjà publié un roman et plusieurs nouvelles : Scepticisme et mystique (1903), un texte dans lequel il tente de penser les prolongements révolutionnaires de la critique du langage.

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L'Appel au socialismeesti’ouvrage dans lequel Landauer concentre les critiques et propositions qui président à l'élaboration de l’Alliance socialiste. Ce texte est un objet singulier, tant par le ton qu’il adopte que par les thématiques dont il traite. Il s'appuie essentiellement sur deux allocutions prononcées par Landauer au printemps 1908 à Berlin, et qui marquent la fondation de l’Alliance socialiste. S’il cherche à préserver l’oralité du du discours, Landauer mettra tout de même trois ans à finaliser la rédaction de ce qu’il considère rétrospectivement comme le meilleur de ses écrits.

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 Le socialisme est la tendance volontaire d’êtres humains unis pour créer du nouveau au nom d'un idéal.

Prêtons donc attention à ce qu’est l’ancien, à ce dont a l’air le passé, à notre propre époque. Pas seulement à notre propre époque au sens de maintenant, des dernières années ou décennies; notre propre époque : quatre cents ans au moins.

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Il n’est pas surprenant que cette curieuse doctrine soit un travestissement de l’esprit puisqu’elle représente même, de par sa genèse, un travestissement de l’esprit effectif, à savoir de la philosophie de Hegel. Celui qui a bricolé cette drogue dans son laboratoire s’appelle Karl Marx. Karl Marx, le professeur. Ce qu’il nous a apporté : des superstitions scientifiques à la place du savoir de l’esprit ; la politique et le parti à la place de la volonté de culture. Mais puisque, comme nous le voyons d’emblée, sa science se trouve en contradiction avec sa politique et toute activité partisane, puisqu’elle se trouve chaque jour plus manifestement en contradiction avec la réalité ; et puisqu’un universel tout aussi fondamentalement inauthentique et imité que lest cette science ne peut jamais se maintenir sur la durée face aux réalités corporelles, sensibles et quotidiennes des phénomènes singuliers, la social-démocratie a été le théâtre - depuis le début, et pas seulement depuis qu’existe ce qu’on appelle le révisionnisme - du soulèvement, contre le travestissement de la science, de combattants à la petite semaine, de détaillants et de Jean Fait-tout, tous dénués d’esprit.

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 N’est-il pas» symboliquement significatif que l’ouvrage fondamental du marxisme, la Bible de cette sorte de socialisme, s’appelle Le Capital? Mous opposons notre socialisme à ce socialisme du capital et nous disons : le socialisme, la culture et l’alliance, l’échange juste et le travail joyeux, la société des sociétés ne peuvent advenir que lorsqu’un esprit s’éveille - de la même manière que l’époque chrétienne et l’époque préchrétienne des peuples germaniques ont connu un esprit -, et lorsque cet esprit en a fini avec l’inculture, la dissolution et la décadence qui, en termes économiques, s’appelle capitalisme.

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 Car le marxisme est avant tout le philistin. Le philistin qui jette un regard dépréciatif sur tout ce qui est passé, qui appelle présent ou début du futur là où il se sent chez lui, celui qui croit au progrès, à qui 1908 plaît mieux que 1907, qui attend quelque chose de particulier de 1909 et presque un miracle, quelque chose comme un accomplissement, d’une date aussi lointaine que 1920.

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 usines et en sont de nouveau recrachés le soir !

«Travail obligatoire pour tous; organisation d’armées industrielles, particulièrement pour l’agriculture», ont déjà dit Marx et Engels dans leur Manifeste communiste; non pas en guise de description ou de pressentiment des splendeurs à venir du capitalisme, mais comme l’une des mesures qu’ils proposaient «pour les pays les plus avancés », en vue du commencement de leur socialisme. C’est vrai : cette sorte de socialisme résulte bien du développement non perturbé du capitalisme !
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 Et pourtant, plus vraie que l’affirmation selon laquelle le prolétaire serait le révolutionnaire-né est cette autre, que l’on énonce ici : le prolétaire est le philistin-né. Le marxiste parle avec on ne peut plus de mépris du petit-bourgeois ; mais tout ce que l’on peut qualifier de petit-bourgeois dans les traits de caractère et les habitudes de vie fait partie des caractéristiques du prolétaire moyen, de même que, jusque dans les prisons et les maisons de redressement, la plupart des cellules se trouvent malheureusement occupées par des philistins.

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 Ce dont nous parlons ici, le philistinisme du prolétaire, est du reste l’une des raisons pour lesquelles le marxisme, ce sens philistin érigé en système, a rencontré un tel écho auprès du prolétariat. Il suffit de lui repeindre superficiellement la langue avec de l’éducation, ce que l’on dispense au plus vite et au plus bas prix dans les polycliniques que l’on nomme écoles du parti, pour faire d’un prolétaire moyen dépourvu de qualités exceptionnelles un dirigeant de parti utilisable.

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 Ce sabotage, qui invite les travailleurs, dans un but déterminé, à fournir un travail lent, négligé, mauvais voire corrompu, peut dans des cas isolés, comme lors d’une grève des travailleurs de la poste, des chemins de fer ou des ports, rendre bien des services ; mais il a aussi son côté inquiétant : lorsque les travailleurs font usage d’un moyen de lutte extrême dans leur rôle de producteurs pour le marché capitaliste

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  Trois choses étaient alors inséparablement liées : premièrement l’esprit de la vie qui nous relie, deuxièmement le langage imagé pour dire l’ineffable : l’unité, l’imperceptibilité et la signification de la totalité du monde, véritablement saisie dans l’âme de l’être humain singulier, et troisièmement la superstition.
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 . La tâche est la suivante : d’une part affirmer et à plus forte raison créer la liberté dans l’économie et la vie publique, tout en se souciant de l’équilibre, de la suppression de la misère et de l’insécurité ; d’autre part supprimer la propriété, qui n’est pas ou des corps célestes, il en va partout de cette genèse réitérée et de causes qui ne cessent d’agir. Toujours il est aberrant et improductif de chercher une cause unique dans quelque point du passé ou uni état primitif : rien n’est né d’un coup ; tout naît progressivement et il n’est nulle cause originelle1, mais des mouvements permanents, défi relations permanentes.

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Les trois pivots de l’esclavage économique sont les suivants :

Premièrement : la propriété de la terre.

 Deuxièmement : la circulation des biens dans l’économie d’échange au moyen d’un unique moyen d’échange qui sert d’une manière imprescriptible et inaltérable pour chaque besoin. 

Le troisième pivot de l’esclavage économique est donc la survaleur. 


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La valeur implique une exigence ; le sens s’en dégage lorsqu’on pense au fait qu’à une indication de prix fait suite une réponse de l’acheteur : la pièce ne vaut pas autant.

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  Diviser en outre le travail en travail productif et travail improductif nous conduirait trop loin, tout comme séparer — ce qui n'est pas la même chose — les biens engendrés entre biens nécessaires et biens de luxe

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 La faim, les mains et la terre sont là; toutes trois sont là par nature. Et en dehors de cela, les êtres humains ont simplement besoin d'organiser décemment ce qui circule entre eux, et ils auront ce dont ils ont besoin pour que chacun ne travaille véritablement que pour lui ; afin que tous exploitent la nature sans s'exploiter les uns les autres. Telle est la mission du socialisme : organiser l'économie d'échange de manière à ce que même au sein du système d'échange chacun ne travaille que pour soi; de manière à ce que les êtres humains soient reliés les uns aux autres de mille façons, mais que personne ne se voie retirer quoi que ce soit dans ce lien, qu'il y soit simplement donné à chacun.

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 Les êtres humains de notre époque sont devenus sans relations et irresponsables.

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 Fritz Mauthner, dans son Dictionnaire de la philosophie, a montré que le mot « dieu » est identique à l’origine au mot « idole », et que les deux veulent dire « moulage ». Dieu est un produit fait par les êtres humains, qui prend vie, tire à soi la vie des humains et finalement devient plus puissant que toute l’humanité.

 

La proclamation de la commune - Henri Lefebvre

La proclamation de la commune - Henri Lefebvre

 Les ouvrages des historiens postulent souvent une sorte de Action. L’auteur fait au début semblant d'ignorer ce dont il va parler; il feint de partager l'ignorance (également supposée) du lecteur. Alors que lui, l'historien, a déjà étudié les documents et témoignages, il commence le récit avec innocence et naïveté. Il raconte simplement, sincèrement, et dans ce récit fait entrer et les témoignages et sa critique des interprétations et théories antérieures. Insensiblement (quand il est subtil) il amène le lecteur sur ses positions, qu’il a l’air de découvrir et d'occuper comme si elles allaient de soi. Simultanément, il montre et démontre. En fait, l'auteur sait parfaitement où il veut en venir, et les prémisses enveloppent les conclusions.

Cette Action historienne est aussi légitime et aussi contestable que la Action romanesque qui permet au romancier de raconter,

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 Ainsi s’explique la formation de ce que j’appellerai la légende de la Commune, légende où les faits se présentent à peu prè8 ainsi: les chefs du parti révolutionnaire, jacobins et internationaux, organisent un grand complot, dont le Comité central est le nœud; au 18 mars, ils donnent le signal de l’action, renversent le gouvernement et s'emparent du pouvoir, en terrorisant le Paris honnête et bourgeois. » Ainsi débute l’ouvrage de Camille Pelletan sur l'histoire de la Commune24. L'auteur poursuit: « fl est curieux de remarquer les progrès de cette légende... C’est ainsi qu’on appréciait les faits à Versailles, en 1871, au mois d’avril et au mois de mai. Mais il s’en fallait bien que le reste de la France partageât cette opinion. La plupart des adversaires de la Commune dans la capitale, la majeure portion du parti républicain en province, professaient à ce moment les idées qui furent celles de la Ligue d’union pour les droits de Paris et qu'exprimèrent à maintes reprises les délégués des conseils municipaux. Les “conciliateurs” de toute nuance ne croyaient assurément pas demander qu’on traitât avec un repaire de bêtes sauvages, ni avec une bande de brigands. Et la preuve que leur sentiment était partagé, c’est que l'effet électoral des événements de la Commune, dans les départements, se traduisit par un vote de condamnation de l’Assemblée et dans beaucoup de cas par l'élection des conciliateurs eux-mêmes... » Au moment où la lutte politique pour l’affermissement de la République se termine, où commence celle pour la laïcité et la séparation de l’Église et de l'État, où la petite bourgeoisie radicale va marquer de son empreinte la démocratie en France, un idéologue de cette tendance éclaire les événements de 1871 en montrant comment la Commune a permis et sauvé la République.
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Qui dit spontanéité dit aussi irresponsabilité. La thèse de la spontanéité du mouvement insurrectionnel sert donc d’excuse à ce mouvement, que l’on blâme discrètement, auquel on découvre des motifs et non des objectifs. Et cela sans hostilité, au contraire: avec indulgence. Au surplus, on apporte des faits

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En résumé, la révolution industrielle - celle de la machine à vapeur - se poursuit et tend vers son achèvement, en France, sous le Second Empire. La France comble une partie de son retard par rapport à l’Angleterre, où la révolution industrielle s’est accomplie graduellement, spontanément, de bas en haut pour ainsi dire, à partir d’un capitalisme commercial très développé.

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Il est facile de montrer que cette croissance rapide des forces productives s’accompagne d’une concentration également rapide des capitaux et de la production.

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En ce qui concerne Paris même, on peut affirmer que te nombre des travailleurs s’accroît (416811 en 1866, 442 310 en 1872) en même temps que la population (respectivement 1 696141 habitants et 1825300) mais avec lenteur, tandis que se modifie pro-fondément la répartition des éléments prolétariens sur la surface géographique occupée par la capitale. Nous y reviendrons, pour comprendre la composition sociale de la garde nationale et sa division très nette en bataillons bourgeois et bataillons à majorité populaire, artisanale et ouvrière.

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C’est ainsi que l’État impérial de Napoléon 111 intervient, vers 1860, pour mettre fin au conflit entre les capitalistes partisans du protectionnisme et les « libre-échangistes ». Il se prononce pour ces derniers en concluant un traité commercial avec l’Angleterre. Ce jeu compliqué mécontente tour à tour les fractions des classes dirigeantes et aboutit au désabusement.
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 Distinguons ici la spontanéité et l’idéologie. Spontanément, peut-on dire, la spontanéité est anarchisante. Ce qui correspond à une poussée instinctive, négative, donc puissamment destructrice des institutions existantes, mais sans objectif précis. À la théorie politique de se greffer sur elle et de lui apporter clarté et buts sans la briser. C’est ce qu’a compris Lénine en partant précisément de l’expérience de la Commune. La Commune est née spontanément. La spontanéité, nécessaire et insuffisante, se laisse écraser « spontanément » ; elle dérive vers des positions réformistes ou réactionnaires, si l’organisation politique ne vient pas l’orienter. Encore ne faut-il pas la dédaigner ou la brimer, car elle contient l’impulsion fondamentale, sans laquelle aucune théorie révolutionnaire ne peut entrer dans les masses et devenir force politique.

Derniers écrits au bord du vide - D.T. Suzuki

 Derniers écrits au bord du vide - D.T. Suzuki

 L’intellect est utile pour résoudre les problèmes de la vie courante, mais il est inutile pour résoudre le problème de l’existence. Pourquoi ? Parce que le cogito fonctionne sur le deux alors que nous sommes un. Notre acte d’être, le sum dont nous parlons en disant « je suis », est un. Personne ne doute de sa propre unité, personne n’a besoin d’un témoignage extérieur pour s’assurer de sa propre identité. Simone Weil voyait bien cela lorsqu’elle écrivait : « Nous ne possédons rien au monde — car le hasard peut tout nous ôter — sinon le pouvoir de dire je. » Le soi, l’être, est unique alors que la conscience est duelle. « Dieu n’a pas mis deux cœurs dans la même poitrine.» Or voilà tout le «problème» humain : l’homme veut saisir l’un au moyen du deux, le sum au moyen du cogito. Quand il se tourne vers « soi », il se divise en témoin qui cherche à « prendre » conscience du moi observé. Il n’« est » jamais une fin en lui-même et pour lui-même. Il se réduit à l’état de moyen, il veut aboutir à lui-même au moyen d’autre chose, par l’extérieur.

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Satori est un mot japonais auquel correspond wu en chinois. Les mots sanscrits bodhi et buddha viennent de la même racine bud « être conscient de », « veiller ». Bouddha est ainsi l’Éveillé, rilluminé et bodhi est l’« illumination ». Le bouddhisme désigne renseignement de celui qui est illuminé, c’est-à-dire que le bouddhisme est la doctrine de l’illumination. Ce qu’enseigne le Bouddha est donc la réalisation de la bodhi qui est le satori. Le satori est au cœur de tous les enseignements bouddhistes. Certains pourraient penser que le satori est propre au bouddhisme Mahayana, mais il n’en est rien. Les bouddhistes plus anciens parlent aussi de cette réalisation de la bodhi et, tant qu’ils évoquent cette bodhi, on doit considérer qu’ils fondent leur doctrine sur l’expérience du satori.
Il importe de distinguer entre prajna et vijnana. On peut répartir la connaissance en deux catégories : la connaissance intuitive, prajna, et la connaissance discursive, vijnana. Poussons plus loin la distinction. Disons que prajna saisit la réalité dans son unité, dans sa totalité ; vijnana l’appréhende analytiquement, à travers la dualité sujet-objet. Voici une fleur. Nous pouvons voir cette fleur comme résumant l’univers tout entier. Nous parlons des pétales, du pollen, des étamines et de la tige ; c’est là une analyse physique. Ou bien encore nous pouvons procéder à une analyse chimique : hydrogène, oxygène, etc. Les chimistes analysent une fleur, énumèrent les éléments qui entrent dans sa composition et prétendent que la fleur résulte de l’agrégation de tous ces éléments. Mais ils n’ont pas épuisé l’être de la fleur, ils l’ont simplement soumise à analyse. Tel est le mode selon lequel vijnana appréhende la fleur. La manière dont prajna s’y prend consiste à la voir telle qu’elle est, sans découpage analytique en plusieurs morceaux. C’est la saisir par le regard dans son unicité, dans son entièreté, dans son « ainsité » (sono name), comme on dit en japonais.

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Le satori consiste à ne pas s’installer dans cet état d’unicité, à ne pas rester collé à lui, mais à en émerger pour le voir sur le point de se diviser en sujet et objet. Satori veut dire se tenir dans l’unité tout en sortant extatiquement de celle-ci pour laisser être la dualité sujet-objet. Au commencement, il y a quelque chose qui ne s’est pas encore divisé en sujet-objet ; c’est l’unité en tant que telle. C’est alors que ce « quelque chose », se faisant conscient de lui-même, se divise en fleur et poète. L’acte de devenir conscient est la division.