samedi 16 mai 2026

Oeuvres - Kierkegaard

 Oeuvres - Kierkegaard

OU BIEN ... OU BIEN

 Qu’eSt-ce qu’un poète? Un homme malheureux qui enferme en son cœur de profonds tourments mais dont les lèvres sont ainsi faites que le soupir et le cri, au moment où ils en déferlent, résonnent comme une belle musique.

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 Mon âme eSt si pesante qu’aucune pensée ne peut plus la porter, aucun coup d’aile ne peut plus l’élever dans l’éther. 

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 Au total, quelle est la signification de cette vie ? Si l’on divise les êtres humains en deux grandes classes, on peut dire que l’une travaille pour vivre, alors que l’autre n’en a pas besoin. Mais travailler pour vivre, cela ne peut être le but de la vie ; en effet, il y a contradiction dans le fait que la question du sens de ce qui conditionne la vie soit réglée par la production même de ces conditions. La vie des autres, en général, n’a pas de signification non plus, sinon le fait de consommer les conditions. Si l’on veut dire que la signification de la vie eSt de mourir, cela aussi semble une contradiction.

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 Il semble que je sois destiné à souffrir tous les états d’âme possibles, faire des expériences en toutes directions. A tout moment, je suis comme un enfant qui eSt censé apprendre à nagea: au beau milieu de la mer. Je crie (je tiens cela des Grecs dont on peut apprendre ce qu’il y a de purement humain) ; car j’ai bien une ceinture autour de k taille, mais la perche qui est censée me maintenir, je ne la vois pas. C’eSt une manière terrible de faire des expériences.

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 Pour moi, rien n’eSt plus dangereux que de se souvenir. Dès que je me souviens de circonstances de ma vie, ces circonstances cessent d’exister. On dit que la séparation aide à raviver l’amour. C’eSt tout à fait vrai, mais elle le ravive d’une manière purement poétique. Vivre dans le souvenir, c’eSt la vie la plus parfaite qui soit imaginable, le souvenir rassasie plus richement que toute réalité, et il a une assurance que ne possède aucune réalité. Des circonstances de la vie que Ton se rappelle sont déjà entrées dans l’éternité et n’ont plus aucun intérêt temporel.

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La culture alternée

 Des gens d’expérience soutiennent que partir d’un principe de base eSt très judicieux : je le leur concède et pars du principe que tous les humains sont ennuyeux. Y aurait-il quelqu’un d’assez ennuyeux pour me contredire à ce sujet ? 

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 L’oisiveté, a-t-on coutume de dire, eSt la racine de tous les maux. Pour empêcher le mal, on recommande le travail. On voit aisément, cependant, tant à la crainte qu’au moyen recommandé, que cette considération eSt d’origine fort plébéienne. L’oisiveté en tant que telle n’eSt nullement une racine du mal, au contraire, c’eSt une vraie vie divine lorsqu’on ne s’ennuie pas.

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L’ennui eSt, d’une part, une génialité immédiate, d’autre part, une immédiateté acquise. La nation anglaise eSt, à tout prendre, la nation paradigmatique. La véritable indolence géniale se rencontre rarement; dans la nature, elle n’exiSte pas, elle appartient au monde de l’esprit. 

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 LE JOURNAL D'UN SEDUCTEUR

 Suis-je devenu aveugle ? Le regard intérieur de mon âme a-t-il perdu sa force ? Je l’ai vue, mais c’est comme si j’avais vu une apparition céleste, tant son image a disparu pour moi. 

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 C’eSt ainsi. La fille m’impressionna et elle, je L’ai oubliée, l’autre ne m’a pas impressionné, et elle, je me la rappelle.


Le 11.

Mon âme est encore prise dans la même contradiction. Je sais que je . l’ai vue, mais je sais, aussi que j?ai oublié son image, de sorte que le souvenir qu’il me reste ne soulage pas. Avec une inquiétude et une violence qui mettent mon bien-être en jeu, mon âme réclame cette image, et cependant elle ne se montre pas ; je pourrais m’arracher les yeux pour les châtier de leur manque de mémoire. 

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Maudit hasard ! Jamais je ne t’ai maudit de t’être manifesté, je te maudis parce que tu ne te manifestes tout simplement pas. 

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Ainsi, on peut même être amoureux de beaucoup de filles en même temps, parce que l’on eSt différemment épris de chacune. En aimer une seule, c’eSt trop peu, les aimer toutes, c’eSt superficiel ; se connaître soi-même et en aimer le plus grand nombre possible, garder en son âme toutes les puissances de l’amour afin que chacune ait son aliment propre, en même temps que la conscience étreint l’ensemble — voilà la jouissance, voilà qui eSt vivre.

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Le moment décisif approche. Je pourrais m’adresser à la tante, solliciter par écrit la main de Cordélia. C’eSt la façon habituelle de procéder en matière de cœur, comme s’il était plus naturel pour le cœur d’écrire que de parler. Ce qui me déciderait à opter pour ce procédé, c’eSt précisément ce qu’il a de philistin.

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 Un baiser eSt un acte symbolique qui ne signifie rien si le sentiment qu'il est censé dénoter n’eSt pas présent, et ce sentiment ne peut être présent qu’en des circonstances précises. — Si l’on veut tenter de classifier les baisers, on peut imaginer plusieurs principes de classification.

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OU BIEN OU BIEN II 

 L'élaboration de la personnalité

Mais alors, qu’est-ce que mon moi ? Si je voulais parler d’un premier instant, d’une première expression, je répondrais : c’eSt le plus abstrait de tout qui, cependant, eSt également en soi le plus concret de tout — c’eSt la liberté.

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 De tels désirs, on en entend suffisamment, mais as-tu jamais entendu quelqu’un désirer pour de bon devenir un autre, pouvoir devenir un autre ; nous en sommes si -loin qu’il e$t précisément caractéristique de ce que l’on appelle des individualités malheureuses qu’elles se cramponnent bien fermement à elles-mêmes, et que, malgré toutes leurs souffrances, elles ne voudraient pour rien au monde être autres. 

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Pourtant, la raison pour laquelle il peut paraître à un individu qu’il puisse constamment changer tout en restant le même, comme si son être intime était une grandeur algébrique capable de signifier ce qui devrait être, cette raison dent à ce qu’il eSt incorrectement situé, qu’il ne s’eSt pas choisi lui-même, qu’il n’en a pas idée, et cependant il se trouve, même dans son incompréhension, une reconnaissance de la valeur éternelle de la personnalité. 

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 Pourtant, la raison pour laquelle il peut paraître à un individu qu’il puisse constamment changer tout en restant le même, comme si son être intime était une grandeur algébrique capable de signifier ce qui devrait être, cette raison tient à ce qu’il eSt incorrectement situé, qu’il ne s’eSt pas choisi lui-même, qu’il n’en a pas idée, et cependant il se trouve, même dans son incompréhension, une reconnaissance de la valeur étemelle de la personnalité. En revanche, pour celui qui eSt correctement situé, il en va autrement. Il se choisit lui-même, non pas au sens fini, car alors ce « moi » serait une chose finie évoluant parmi d’autres choses finies, mais au sens absolu, et cependant il se choisit lui-même, lui et pas un autre. Ce moi qu’il choisit ainsi eSt infiniment concret, car c’eSt lui-même, et cependant il eSt absolument différent de son moi antérieur, car il l’a choisi absolument Ce « moi » n’a pas existé auparavant, car il eSt devenu par le choix, et pourtant il a existé, car c’était « lui-même ». 

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 L’individu découvre maintenant que ce « moi » qu’il choisit a, en soi, une infinie multiplicité, dans la mesure où il a une histoire, une histoire en laquelle il reconnaît son identité personnelle. Cette histoire est, diverse, car il s'y trouve en relation avec d’autres' individus de son espèce ou avec l’espèce tout entière, et cette histoire implique quelque chose de douloureux, et pourtant il n’eSt celui qu’il est que par cette histoire. Voilà pourquoi il faut du courage pbur se choisir soi-même; car en même temps qu’il semble s’isoler le plus, il s’enfonce le plus à la racine qui le raccorde au tout. Cela l’angoisse et pourtant il faut qu’il en soit ainsi ; car lorsque la passion de la liberté est éveillée en lui - et elle est eveillée dans de choix, tout comme elle se présuppose dans le choix — il choisit lui-même et combat pour cette possession comme pour sa félicité, et c’eSt sa félicité.
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 MIETTES PHILOSOPHIQUES

 Dans quelle mesure la vérité peut-elle s’enseigner ? C’eSt par cette question que nous allons commencer.

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 Le concept d'angoisse

 Selon moi, celui qui veut écrire un livre ferait bien de réfléchir au sujet sur lequel il veut écrire. Il ne ferait pas mal non plus de prendre connaissance, dans la mesure du possible, de ce qui a déjà été écrit sur le même sujet.

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 SUR MON ACTIVITE D'ECRIVAIN

 Le mouvement que décrit mon écriture eSt le suivant: du «poète» (l’esthétique), du «philosophe» (le spéculatif) vers une ébauche de la plus profonde détermination du chrétien : elle part de l’écrit pseudonyme Ou bien... ou bien, et, en passant par le PoSt-scriptum définitif où mon nom figure comme éditeur-, elle aboutit aux Discours pour la communion du vendredi dont deux ont été prononcés en l’église Notre-Dame.

 

 

 

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