Les profanateurs - Jacques Henric
Le journal que tient un écrivain, Elias Canetti le définit , ainsi dans son livre La Conscience des mots : « le partenaire -Cruel». Avec lui, il doit dialoguer. Sans lui, il ne pourrait avancer dans son travail. Canetti en distingue différents types : les carnets, les agendas, les journaux proprement dits. Plutôt agenda, mon journal ? D’une certaine manière, oui, si je considère qu’il obéit, comme un calendrier, à un souci de chronologie : mois, jours, événements importants, parfois un certain laconisme. Simple carnet ? Oui, si l’on s’en tient à la définition de Canetti : « spontanés et contradictoires », « sans dessein », « consignés sans discrimination ».
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Cette fois, c’est la presse de gauche qui monte au créneau, dénonçant, sans un début de preuve, l’extrême droite raciste et esclavagiste comme ayant commandité l’assassinat et armé le tueur. Pour preuve, Gilbert Collard et Roland Dumas ont produit une lettre reçue d’un groupe qui signait « Charles Martel », menaçant tous ceux qui en France défendaient les Algériens.
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Parution chez Gallimard des deux livres de Pierre, Le Livre et une réédition de Vivre. Nouvel épisode des censures dont ont été victimes nombre de livres de Guyotat, notamment ces refus répétés par son éditeur, Gallimard. Il y eut la lamentable affaire d’Éden, Éden, Éden, Georges Lambrichs, directeur de la revue Le Chemin, refusant le livre, puis contraint de l’accepter après une campagne de soutien à Pierre. Barthes, Leiris et Sollers en sont, ils préfaceront le livre, et Foucault le défendra dans la presse. Prostitution ne parut pas non plus sans difficultés, et cette fois, la méthode est plus vicieuse. Pour se débarrasser d’un livre que l’éditeur ne souhaite pas publier, c’est simple : ne pas répondre. On ne refuse pas, on ne donne plus signe de vie à l’auteur.
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Déjeuner avec les membres du prix Pasolini dans le restaurant tïe l’Accattone. Première sélection. Présents : Catherine, fille de Françoise Dolto, médecin de Kazik, Matzneff, Clementi, Kazik et moi. Ont envoyé leurs voix : Topor, Arrabal, Klossowski. Sélectionnés : David Bowie, Hugo Claus, Achtenbusch, Denis Roche (voix de Catherine et moi), Alain Fleischer (Klossowski), Bob Wilson. Ce malin de Kazik essaie de manipuler le jury. Trois prix sont prévus : « artiste polyvalent », « découverte », « mécénat ». Pour le troisième, Matzneff et Clementi choisissent Saint Laurent, qui les a tous deux sponsorisés. On se reparle, Catherine et moi, de la réunion de l’après-midi. Matzneff, toujours charmant avec nous, mais dont j’ai retrouvé la signature dans la revue Krisis d’Alain de Benoist Pas surprenant de sa part, défenseur des Serbes de Bosnie, avec Patrick Besson et feu Hallier. Son candidat pour le prix Pasolini : Duteurtre !
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Parution de l’article d’Annette Lévy-Willard dans Libération. Compte rendu du Artpress sur Krisis. Déclarations inouïes d’Alain de Benoist (pas surprenantes pour nous, mais qui devraient faire réfléchir les naïfs piégés par lui), de Jean Clair et surtout de Baudrillard qui persiste et signe, avouant ainsi ses sympathies politiques : c’est nous qui sommes des f fascistes », quant aux néo-nazis et autres négationnistes entourant de Benoist, ils ont fait un très bon numéro de revue.
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Lu les épreuves du Onfray, un essai politique à paraître chez Grasset en septembre. Re-apologie de l’hédonisme, de ^anarchisme. Et il y a toujours, repérables dans tous ses livres, quelques symptômes inquiétants, anti-intellectualisme, démagogie populiste, culte du chef (son apologie du Condottiere) qui pourraient le faire récupérer par la Nouvelle Droite (son anti-catholicisme viscéral, ses références aux « grands penseurs de la modernité » : Gramsci - aujourd’hui revendiqué par l’extrême droite -, Le Bon, Sorel... Ses cibles : Walter Benjamin, Bataille).
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Déjeuné avec Gaëüe. Discuté de littérature. Elle a lu Bataille très tôt, Calaferte, admire les dessins érotiques de Picasso. A vécu, très jeune, à New York, auprès d’un poète américain, Ira Cohen, ami de la bande à Jonas Mekas, Burroughs, Ginsberg, Gysin, Bowles. Je suis frappé par sa voix douce de petite gamine. Son visage a ce charme slave, dû sans doute à ses origines russes. Elle m’apprend qu’elle a écrit un scénario à partir d ’Histoire de l’œil de Bataille. Le film n’a pu être tourné. Dommage. Je lui propose facétieusement de reprendre le projet et de jouer dans le film. On décide de se revoir.
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Lu le livre de Genka. Les maladresses d’un très romancier, mais le livre est fort.
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Cécile Guilbert à la Fabrique. Elle m’apporte son texte accompagnant la réédition de Tristram Shandy.
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Projection privée d’un film de Catherine Breillat. Très bon. Une très jeune fille partagée entre amour et cul.
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Vernissage Dado à Sérignan, suivi d’un casse-croûte. Catherine, assise à côté de Dado, ne supporte plus le baratin d'un gros type au crâne chauve et à la barbiche intello placé en face d’eux. Apologiste des Serbes, discours violemment anti-américain. Je reconnais le bonhomme et fais signe à Catherine de laisser courir. C’est l’éditeur de Fata Morgana, Bruno Roy, qui s’est récemment illustré en publiant un ouvrage d’Alain de Benoist, ce qui lui a valu une lettre ouverte, indignée, de Blanchot dans La Quinzaine littéraire, lequel exigeait le retrait de tous ses livres publiés dans sa maison d’édition.
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Diable ! Ce « genre de livre », Le Seuil en a publié plusieurs, à commencer par le propre livre de Denis,, Louve basse, où abondent les photos, ses photos.
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Pétition initiée, paraît-il, par ClaudeLanzmann, ce qui expliquerait la signature inattendue de Sollers car y était demandée l’interdiction du livre de Camus.
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Dans Libé, excellente réponse de Jean-Loup Rivière à Claude Durand concernant Renaud Camus
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2000
Coup de téléphone de Sollers, qui revient sur le débat autour de Renaud Camus, dans lequel il s’est mouillé. Il se justifie en me rappelant que Camus, dans les années 1970, avait écrit un texte dans la revue homo Le Gai Pied, où il le traitait de « nazi ». On fait le tour des signataires de la pétition pro-Camus et il me signale l’article de Finkielkraut dans Le Monde. Selon Sollers, la cible visée par Finkielkraut : Lanzmann, à l’origine de la pétition contre Camus.
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Hier, la femme de Jospin est venue au secours de Renaud Camus dans Le Figaro.
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Parution de Paris Match avec la photo pleine page de Catherine (entourée lascivement de Pierre Lescure, Thierry Ardisson et Frédéric Beigbeder - carrément couché sur elle). Photo prise à Canal +.
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