samedi 16 mai 2026

Appel au socialisme - Gustav Landauer

Appel au socialisme - Gustav Landauer

 Présentation

 Lors d’un second emprisonnement pour incitation à l’action révolutionnaire, Landauer se plonge dans un long et minutieux travail d’édition de l’oeuvre majeure du linguiste Fritz Mauthner, Contributions à une critique du langage , et il traduit vers l’allemand moderne les écrits du mystique médiéval Maître Eckhart. Ces travaux littéraires seront suivis de plusieurs traductions (d’Octave Mirbeau, de Pierre Kropotkine, de Bernard Shaw), que Landauer réalise seul ou avec sa seconde épouse, la poétesse et traductrice Hedwig Lachmann (ensemble, ils publient d’importantes traductions d’Oscar Wilde et de Rabindranath Tagore). C’est au cours de cette période que paraît le premier essai de Landauer — qui avait déjà publié un roman et plusieurs nouvelles : Scepticisme et mystique (1903), un texte dans lequel il tente de penser les prolongements révolutionnaires de la critique du langage.

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L'Appel au socialismeesti’ouvrage dans lequel Landauer concentre les critiques et propositions qui président à l'élaboration de l’Alliance socialiste. Ce texte est un objet singulier, tant par le ton qu’il adopte que par les thématiques dont il traite. Il s'appuie essentiellement sur deux allocutions prononcées par Landauer au printemps 1908 à Berlin, et qui marquent la fondation de l’Alliance socialiste. S’il cherche à préserver l’oralité du du discours, Landauer mettra tout de même trois ans à finaliser la rédaction de ce qu’il considère rétrospectivement comme le meilleur de ses écrits.

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 Le socialisme est la tendance volontaire d’êtres humains unis pour créer du nouveau au nom d'un idéal.

Prêtons donc attention à ce qu’est l’ancien, à ce dont a l’air le passé, à notre propre époque. Pas seulement à notre propre époque au sens de maintenant, des dernières années ou décennies; notre propre époque : quatre cents ans au moins.

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Il n’est pas surprenant que cette curieuse doctrine soit un travestissement de l’esprit puisqu’elle représente même, de par sa genèse, un travestissement de l’esprit effectif, à savoir de la philosophie de Hegel. Celui qui a bricolé cette drogue dans son laboratoire s’appelle Karl Marx. Karl Marx, le professeur. Ce qu’il nous a apporté : des superstitions scientifiques à la place du savoir de l’esprit ; la politique et le parti à la place de la volonté de culture. Mais puisque, comme nous le voyons d’emblée, sa science se trouve en contradiction avec sa politique et toute activité partisane, puisqu’elle se trouve chaque jour plus manifestement en contradiction avec la réalité ; et puisqu’un universel tout aussi fondamentalement inauthentique et imité que lest cette science ne peut jamais se maintenir sur la durée face aux réalités corporelles, sensibles et quotidiennes des phénomènes singuliers, la social-démocratie a été le théâtre - depuis le début, et pas seulement depuis qu’existe ce qu’on appelle le révisionnisme - du soulèvement, contre le travestissement de la science, de combattants à la petite semaine, de détaillants et de Jean Fait-tout, tous dénués d’esprit.

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 N’est-il pas» symboliquement significatif que l’ouvrage fondamental du marxisme, la Bible de cette sorte de socialisme, s’appelle Le Capital? Mous opposons notre socialisme à ce socialisme du capital et nous disons : le socialisme, la culture et l’alliance, l’échange juste et le travail joyeux, la société des sociétés ne peuvent advenir que lorsqu’un esprit s’éveille - de la même manière que l’époque chrétienne et l’époque préchrétienne des peuples germaniques ont connu un esprit -, et lorsque cet esprit en a fini avec l’inculture, la dissolution et la décadence qui, en termes économiques, s’appelle capitalisme.

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 Car le marxisme est avant tout le philistin. Le philistin qui jette un regard dépréciatif sur tout ce qui est passé, qui appelle présent ou début du futur là où il se sent chez lui, celui qui croit au progrès, à qui 1908 plaît mieux que 1907, qui attend quelque chose de particulier de 1909 et presque un miracle, quelque chose comme un accomplissement, d’une date aussi lointaine que 1920.

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 usines et en sont de nouveau recrachés le soir !

«Travail obligatoire pour tous; organisation d’armées industrielles, particulièrement pour l’agriculture», ont déjà dit Marx et Engels dans leur Manifeste communiste; non pas en guise de description ou de pressentiment des splendeurs à venir du capitalisme, mais comme l’une des mesures qu’ils proposaient «pour les pays les plus avancés », en vue du commencement de leur socialisme. C’est vrai : cette sorte de socialisme résulte bien du développement non perturbé du capitalisme !
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 Et pourtant, plus vraie que l’affirmation selon laquelle le prolétaire serait le révolutionnaire-né est cette autre, que l’on énonce ici : le prolétaire est le philistin-né. Le marxiste parle avec on ne peut plus de mépris du petit-bourgeois ; mais tout ce que l’on peut qualifier de petit-bourgeois dans les traits de caractère et les habitudes de vie fait partie des caractéristiques du prolétaire moyen, de même que, jusque dans les prisons et les maisons de redressement, la plupart des cellules se trouvent malheureusement occupées par des philistins.

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 Ce dont nous parlons ici, le philistinisme du prolétaire, est du reste l’une des raisons pour lesquelles le marxisme, ce sens philistin érigé en système, a rencontré un tel écho auprès du prolétariat. Il suffit de lui repeindre superficiellement la langue avec de l’éducation, ce que l’on dispense au plus vite et au plus bas prix dans les polycliniques que l’on nomme écoles du parti, pour faire d’un prolétaire moyen dépourvu de qualités exceptionnelles un dirigeant de parti utilisable.

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 Ce sabotage, qui invite les travailleurs, dans un but déterminé, à fournir un travail lent, négligé, mauvais voire corrompu, peut dans des cas isolés, comme lors d’une grève des travailleurs de la poste, des chemins de fer ou des ports, rendre bien des services ; mais il a aussi son côté inquiétant : lorsque les travailleurs font usage d’un moyen de lutte extrême dans leur rôle de producteurs pour le marché capitaliste

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  Trois choses étaient alors inséparablement liées : premièrement l’esprit de la vie qui nous relie, deuxièmement le langage imagé pour dire l’ineffable : l’unité, l’imperceptibilité et la signification de la totalité du monde, véritablement saisie dans l’âme de l’être humain singulier, et troisièmement la superstition.
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 . La tâche est la suivante : d’une part affirmer et à plus forte raison créer la liberté dans l’économie et la vie publique, tout en se souciant de l’équilibre, de la suppression de la misère et de l’insécurité ; d’autre part supprimer la propriété, qui n’est pas ou des corps célestes, il en va partout de cette genèse réitérée et de causes qui ne cessent d’agir. Toujours il est aberrant et improductif de chercher une cause unique dans quelque point du passé ou uni état primitif : rien n’est né d’un coup ; tout naît progressivement et il n’est nulle cause originelle1, mais des mouvements permanents, défi relations permanentes.

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Les trois pivots de l’esclavage économique sont les suivants :

Premièrement : la propriété de la terre.

 Deuxièmement : la circulation des biens dans l’économie d’échange au moyen d’un unique moyen d’échange qui sert d’une manière imprescriptible et inaltérable pour chaque besoin. 

Le troisième pivot de l’esclavage économique est donc la survaleur. 


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La valeur implique une exigence ; le sens s’en dégage lorsqu’on pense au fait qu’à une indication de prix fait suite une réponse de l’acheteur : la pièce ne vaut pas autant.

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  Diviser en outre le travail en travail productif et travail improductif nous conduirait trop loin, tout comme séparer — ce qui n'est pas la même chose — les biens engendrés entre biens nécessaires et biens de luxe

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 La faim, les mains et la terre sont là; toutes trois sont là par nature. Et en dehors de cela, les êtres humains ont simplement besoin d'organiser décemment ce qui circule entre eux, et ils auront ce dont ils ont besoin pour que chacun ne travaille véritablement que pour lui ; afin que tous exploitent la nature sans s'exploiter les uns les autres. Telle est la mission du socialisme : organiser l'économie d'échange de manière à ce que même au sein du système d'échange chacun ne travaille que pour soi; de manière à ce que les êtres humains soient reliés les uns aux autres de mille façons, mais que personne ne se voie retirer quoi que ce soit dans ce lien, qu'il y soit simplement donné à chacun.

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 Les êtres humains de notre époque sont devenus sans relations et irresponsables.

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 Fritz Mauthner, dans son Dictionnaire de la philosophie, a montré que le mot « dieu » est identique à l’origine au mot « idole », et que les deux veulent dire « moulage ». Dieu est un produit fait par les êtres humains, qui prend vie, tire à soi la vie des humains et finalement devient plus puissant que toute l’humanité.

 

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