samedi 16 mai 2026

La révolution - Gustav Landauer

La révolution - Gustav Landauer

 La révolution concerne toute la vie sociale des hommes. C’est-à-dire non seulement l’État, le système des ordres, les institutions religieuses, la vie économique, les courants spirituels et leurs expressions, l’art, la culture et l’instruction, mais un amalgame de toutes ces représentations de la vie sociale, mélange qui se trouve pendant un certain laps de temps dans un état particulier de stabilité qui fait autorité. Ce mélange général et englobant de la vie sociale en état de stabilité relative, donnons-lui le nom de topie.

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D’où la première loi : chaque topie est suivie d’une utopie, et celle-ci est suivie à son tour d’une topie, et ainsi de suite.
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Nous appelons révolution le laps de temps pendant lequel l’ancienne topie n’est plus établie sur une base solide alors que la nouvelle ne Test pas encore. La révolution est donc la voie qui mène d’une topie à l’autre, à travers le chaos et l’émeute, l’individualisme  (héroïsme et bestialité, solitude de la grandeur et abandon misérable de la masse atomisée), d’une stabilité relative à une autre stabilité relative.

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Seconde loi : les exigences pratiques de la vie sociale pendant l’époque de l’insurrection et de la transition révolutionnaires ont pour conséquence que la nouvelle topie se construit au cours de la révolution comme dictature, tyrannie, gouvernement provisoire, autorité déléguée ou toute chose semblable.

1er corollaire : la nouvelle topie, qui surgit pour sauver l’utopie, signifie en même temps sa perte.

2 e   corollaire: les exigences pratiques qui doivent finalement mener à la formation d’une nouvelle topie sont non seulement les troubles que la révolution a provoqués dans la vie économique, mais très fréquemment des interventions surgies d’un environnement hostile. 

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Redisons-le ici : l’âge chrétien représente un degré de la civilisation où les structures sociales diverses qui coexistent séparément sont pénétrées d’un esprit unitaire pour former librement un ensemble constitué de multiples éléments indépendants. Nous appelons principe de stratification ce principe du Moyen Age, en opposition au principe du centralisme et du pouvoir d’État qui s’immisce toujours là où l’esprit commun a été perdu. Nous ne voulons pas prétendre qu’il n’y ait pas eu d’État à l’époque chrétienne, encore que tout porte à croire qu’il ne faut pas utiliser ce mot pour désigner des institutions d’une tout autre nature ; néanmoins, de toutes les façons, il n’y a pas eu de toute-puissance de l’État, d’État comme forme centrale de toutes les autres formes de la communauté, mais tout au plus l’État comme structure imparfaite, étiolée, à côté d’autres formations les plus diverses de la vie commune. Il n’y avait d’État que des reliquats de l’époque romaine et de timides ébauches nouvelles, qui n’ont pris de l’importance qu’à l’époque de la dissolution et de la révolution.

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 DISCOURS DE LA SERVITUDE ET DE SES VOLONTAIRES
Il en est de même de l’autre versant de l’argument qu’implique 1 idée de servitude volontaire, à savoir qu’il suffirait de ne pas accepter d’être dominé pour être aussitôt libéré. La « réalisation du socialisme est toujours possible si un nombre suffisant de gens le souhaite. » Certes, le socialisme prendrait un visage différent selon le degré de développement technologique, mais il ne dépend pas de lui, il dépend des gens et de leur esprit. « Le socialisme est possible et impossible de tout temps ; il est possible quand les gens qui conviennent sont là pour le vouloir et pour le faire ; il est impossible quand les gens ne le veulent pas ou prétendent qu’ils le veulent, mais ne sont pas capables de le faire9 ». Une certaine lecture de Marx avait convaincu Landauer que le chemin tracé menait à une impasse : on ne peut aller à une société non autoritaire en passant par l'autorité, ni à une société sans Etat en passant par l'État. 

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