Contre le travail - Giuseppe Rensi
“Travailler signifie : anéantir
le monde ou le maudire”.
Hegel, Dokumente zu Entwicklung,
Stuttgart, 1936.
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TRAVAIL ET CONTEMPLATION
. En revanche, la contemplation, l'oisiveté rêveuse représente, avec le jeu, l'activité particulière de l'homme en tant que tel la plus noble, son besoin le plus essentiel, ce qui caractérise la vie de son esprit. “Nous sommes trop affairés, trop encombrés, trop occupés, trop actifs ! Nous lisons trop ! Il faut savoir être oisifs. Dans l'inaction attentive et recueillie, notre âme efface ses plis. La rêverie, comme la pluie des nuits, fait reverdir les idées fatiguées et pâlies par la chaleur du jour. En se jouant, elle accumule les matériaux pour l'avenir et les images pour le talent. La flânerie n'est pas seulement délicieuse; elle est utile. C'est un bain de santé qui rend vigueur et souplesse à tout l'être ; c'est le signe et la fête de la liberté.” Ainsi, Amiel, âme parmi les plus délicates du temps, revendique-t-il le caractère supérieurement humain de l'oisiveté contemplative par rapport au travail, en tant qu'elle est précisément, comme le jeu, liberté.
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Comment lui faire entendre que consacrer ce court laps de temps à l'esclavage du travail soit chose morale et raisonnable, et comment ne pas voir que le devoir et le destin que lui assignent la rationalité, la spiritualité, son essence même, exigent au contraire qu'il exerce vis-à-vis des choses et envers lui-même la fonction contemplative ? C'est pourquoi Schlegel pensait à juste titre que l'homme ne peut se représenter son moi que dans la sainte passivité, d'où contempler le monde et la vie, et tenait la paresse pour l'unique éclat de divinité échu à l'homme. En vérité, notre civilisation, et sa morale, nous ont conduits à désapprendre l'oisiveté.
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LES VALEURS NÉGATIVES DU TRAVAIL SUR LE PLAN SPIRITUEL AUGMENTENT À MESURE QUE SES FORMES SE DÉVELOPPENT
Leopardi estime que la société “étroite” (complexe, enchaînée, conçue par une civilisation avancée comme la nôtre) détériore considérablement les conditions spirituelles de l'humanité et contredit la finalité même de la société, c'est-à-dire le bien commun ; seule est compatible avec cette finalité une société “très réduite et très ouverte” . Cette pensée concorde avec celle de Simmel selon laquelle “les qualités et les manières d'agir, par lesquelles le singulier, puisqu'il participe avec les autres, forme masse, se présentent comme de valeur inférieure” et trouve sa confirmation spécifique dans la question du travail.
LA VANITÉ DES RÉVOLUTIONS
D'où l'incommensurable ânerie de la thèse de Georges Sorel , lequel, tandis qu'il prétend au réalisme, avec une nette dérivation du vieux socialisme utopiste français, se déclare sérieusement convaincu que, dans un régime de dictature prolétaire, on pourra, pour assurer la continuité et la productivité du travail, compter sur l'enthousiasme des ouvriers, analogue à celui des soldats français à la Révolution (qui toutefois ne dura que quelques années).
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L'ÉTERNELLE NÉCESSITÉ DE L'ESCALVAGE
Le travail est esclavage. La nécessité du travail est immuable. Par conséquent, l'esclavage est et sera et devra être immuable. Face à cette vérité, que l'esprit grec avait déjà clairement perçue et énoncée, il n'est pas d'issue.
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