lundi 23 février 2026

Essais et conférences - Heidegger

 Essais et conférences - Heidegger

 La question de la technique

 Dans ce qui suit nous questionnons au sujet de la technique. Questionner, c’est travailler à un chemin, le construire. C’est pourquoi il est opportun de penser avant tout au chemin et de ne pas s’attacher à des propositions ou appellations particulières. Le chemin est un chemin de la pensée. Tous les chemins de la pensée conduisent, d’une façon plus ou moins perceptible et par des passages inhabituels, à travers le langage. Nous questionnons au sujet de la technique et voudrions ainsi préparer un libre rapport à elle.

---

 Arraisonnement (Ge-stell) : ainsi appelons-nous le rassemblant de cette interpellation (Stellen) qui requiert l’homme, c’est-à-dire qui le pro-voque à dévoiler le réel comme fonds dans le mode du « commettre ». Ainsi appelons-nous le mode de dévoilement qui régit l’essence de la technique moderne et n'est lui-même rien de technique. Fit en revanche partie de ce qui est technique tout ce que nous connaissons en fait de tiges, de pistons, d’échafaudages, tout ce qui est pièce constitutive de ce qu'on appelle un montage. Le montage, cependant, avec les pièces constitutives mention* nées, rentre dans le domaine du travail technique, qui répond toujours à la pro-vocation de l’Arraisonnement, mais n’est jamais ce dernier ni, encore moins, ne le produit.

 ---

Dans l’appellation Ge-stell (« Arraisonnement ), le verbe stellen ne désigne pas seulement la provocation, il doit conserver en même temps les résonances d’un autre stellen dont il dérive, à savoir celles de cet her-stellen (« placer debout devant », « fabriquer ») qui est uni à dar-stellen (« mettre sous les yeux », « exposer ») et qui, au sens de la ......... fait apparaître la chose présente dans la non-occultation. 

---

 L’essence de la technique réside dans l’Arraison-nement. Sa puissance fait partie du destin. Parce que celui-ci met chaque fois l’homme sur un chemin de dévoilement, l’homme ainsi mis en chemin, avance sans cesse au bord d’une possibilité : qu’il poursuive et fasse progresser seulement ce qui a été dévoilé dans le « commettre » et qu’il prenne toutes mesures à partir de là. Ainsi se ferme une autre possibilité : que l’homme se dirige plutôt, et davantage, et d’une façon toujours plus originelle, vers l’être du non-caché et sa non-occultation, pour percevoir comme sa propre essence son appartenance au dévoilement : appartenance qui est tenue en main.

 ---

 Science et méditation

 Le moyen le plus sûr, semble-t-il, est que nous décrivions l’activité scientifique d’aujourd’hui. Un tel exposé pourrait montrer comment depuis longtemps les sciences n’engrènent, d’une façon toujours plus résolue et en même temps moins frappante, dans toutes les formes d’organisation de la vie moderne : dans l’industrie, dans l’activité économique, dans renseignement, dans la politique, dans la conduite de la guerre, dans les publications de toutes sortes. Il est important de connaître cet engrenage. Mais, pour pouvoir l’exposer, il nous faut d’abord connaître par expérience ce en quoi consiste l’être de la science. On peut l’exprimer en ' une courte phrase : La science est la théorie du réel.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire