La résistance électronique - Critical Art Ensemble
Résister au bunker
Les monuments sont des systèmes clos qui ne laissent place à aucune pédagogie de l’égalité; ils servent au contraire une gestion directive de l'information, et l’information ainsi délivrée est, en général, très corrompue (autrement dit c’est un impératif idéologique). L’élaboration des œuvres publiques ou communautaires est la marque d’une configuration de classe qui se conforme à la pédagogie de la gestion directive. En haut, il y a l’artiste-directeur, c’est lui/elle qui tient les cordons de la bourse. Puis viennent les médiateurs et enfin ceux qui sont enrôlés dans la campagne artistique. Comme nous l’avons dit précédemment, les paramètres de base sont définis par les niveaux supérieurs, les niveaux inférieurs n’ayant voix au chapitre que sur les aspects mineurs. Ces projets prétendent fonctionner à la manière des coopératives locales, mais il n’en est rien. Les organisations populaires (à ne pas confondre avec les communautés) fonctionnent du bas vers le haut; les personnes ayant les mêmes opinions, en dehors de toute question spécifique, s organisent dans un esprit de volontariat. Il s’agit de comportements émergents qui, par conséquent, ne nécessitent pas une figure centrale pour servir de guide ou définir la politique.
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Un monument peut-il être un lieu de contestation ? L’exemple du Mémorial des vétérans du Viet Nam le montre bien, le degré de contestation alentour est très limité. Les fresques murales d’une communauté, montrant tous les groupes ethniques et raciaux vivant et travaillant ensemble, la pollution dissipée et les enfants jouant dans des parcs sans drogue, sont admirables pour leur intention utopique et leur affirmation de la différence.
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La technologie de l'Inutile
Mais n’oublions pas Marx dans cette esquisse sommaire. Bien qu’il n’ait pas été homme à déployer souvent l’étendard de l’utopie, il eut cependant ses moments. Marx croyait que le système de l’usine résoudrait les problèmes de production (à savoir la pénurie), tout en prévoyant un nouveau problème : celui de la distribution. La crise de la distribution mènerait à son tour à la révolution, qui donnerait aux travailleurs victorieux les moyens de restructurer les modes d’exploitation de la distribution bourgeoise. On retrouvera de telles spéculations, beaucoup plus tard, dans certaines visions utopiques, superbement illustrées par René Clair dans À nous la liberté. Le film décrit l’après-révolution victorieuse ; les travailleurs y jouissent des avantages du zéro-travail et ne vivent que pour faire la fête, boire et manger, tandis que les machines travaillent docilement, produisant les biens nécessaires à l’avenir radieux de cette utopie. Les principaux courants de l’art moderne (Futurisme, Constructivisme et Bauhaus) témoignent aussi de l’avènement de cette utopie séculaire. Il serait, malgré tout, assez malhonnête d’imputer à Marx l’optimisme parfois dissolu du XXe siècle. Bien qu’il ait démontré comment une économie capitaliste rationalisée viendrait à bout du problème de la production, il avait également compris que les individus ne pourraient se satisfaire uniquement de biens. Il avait prédit une ère capitaliste où les cadences de production augmenteraient, de même que s’aggraverait le niveau d’aliénation -aliénation issue de notre propre nature humaine, du processus et des produits économiques et du lien social. Les choses ne s’amélioreraient certes pas sur le plan des conditions psychiques individuelles ; elles iraient même sérieusement en empirant. Selon Marx, dès lors que l’on examinait d’autres variables que celles de la production, le progrès social unilinéaire n’était pas au rendez-vous.
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