Platon - Apologie de Socrate
Ainsi mettez-vous dans l’esprit que j’ai affaire à deux sortes
d’accusateurs, comme je viens de le dire ; les uns qui m’ont accusé depuis
long-temps, les autres qui m’ont cité en dernier lieu ; et croyez, je vous
prie, qu’il est nécessaire que
je commence par répondre aux premiers ; car ce sont eux que vous avez
d’abord écoutés, et ils ont fait plus d’impression sur vous que les autres.
: Socrate est un
homme dangereux qui, par une curiosité criminelle, veut pénétrer ce qui se
passe dans le ciel et sous la terre, fait une bonne cause d’une mauvaise, et enseigne aux autres
ces secrets pernicieux.
Voilà contre mes premiers
accusateurs une apologie suffisante ; venons présentement aux derniers, et tâchons de répondre à
Mélitus, cet homme de bien, si attaché à sa patrie, à ce qu’il assure.
Reprenons cette dernière accusation comme nous avons fait la première ;
voici à-peu-près comme elle est conçue : Socrate est coupable, en ce qu’il corrompt les jeunes
gens, ne reconnaît pas la religion de l’état, et met à la place des extravagances démoniaques. Voilà l’accusation ; examinons-en tous les chefs l’un après l’autre.
Tout homme qui a choisi un
poste, parce qu’il le jugeait le plus honorable, ou qui y a été placé par son
chef, doit, à mon avis, y demeurer ferme, et ne considérer ni la mort, ni le
péril, ni rien autre chose que l’honneur.
Comment, étant Athénien,
de la plus grande ville et la plus renommée pour les lumières et la puissance, ne rougis-tu pas de ne penser
qu’à amasser des richesses, à acquérir du crédit et des honneurs, sans
t’occuper de la vérité et de la sagesse, de ton âme et de son perfectionnement ?
Je ne cesse de vous dire
que ce n’est pas la richesse qui fait la vertu ; mais, au contraire, que
c’est la vertu qui fait la richesse, et que c’est de là que naissent tous les
autres biens publics et particuliers.
Si la mort est la privation de tout
sentiment, un sommeil sans aucun songe, quel merveilleux avantage n’est-ce pas
que de mourir ?
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire