Il penseroso - Amiel
DÉDICACE.
Vous qui, recherchant en vous-mêmes Le mot de tout secret, la clé de toute loi,
Du devoir, du bonheur, agitez les problèmes,
Je viens à vous, accueillez-moi.
Frères d’épreuve et d’espérance, S’aider à vivre est bon, être compris est doux: Je traverse avec vous la joie et la souffrance, Je vous aime, m’aimerez-vous ?
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L'ASSURANCE
On n’est que ce qu’on croit. A chacun dans ce monde,
Comme dans l’Evangile, est fait selon sa foi.
L’audace qui s’affirme est prudence profonde,
Car nul n’a confiance en qui doute de soi.
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A demain les affaires!
Pour ne rien voir qui nous dérange,
Détourner ou fermer les yeux,
Ce procédé facétieux
Est un remède assez étrange :
On y gagne un jour de repos,
Mais, tandis que l’on prend le change,
Petits ennuis deviennent gros.
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La Rêverie.
Au paysage que révèle
Le matinal rayon du jour,
La brume, gaze du contour,
Ajoute une grâce nouvelle :
La rêverie est, pour l’esprit,
Cette vapeur qui rend plus belle
La pensée et qui l’accomplit.
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La curiosité
L’esprit trop curieux rend la vie haletante;
Il s’épuise en efforts sans jamais s’assouvir.
Crains tout ce qui disperse, évite ce qui tente :
Simplifier ses vœux, ami, c’est les servir.
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Personne au logis.
Nous vivons hors de nous, ignorants de nous-mêmes,
Et nous laissons tout perdre en croyant tout tenir;
Pourtant se sentir homme a des douceurs suprêmes
Et, pour se sentir homme, il faut s’appartenir.
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De Charybde en Seylla.
Hélas ! pour le repos cette vie est peu faite !
L’homme n’y voit jamais la fin de son ennui :
Tant qu’il n’a pas donné son cœur, il s’inquiète;
Et, dès qu’il l’a donné, le tourment fond sur lui.
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Les empiétements du sommeil.
Plus on dort moins on vit. La veille c’est la vie ;
Pour l'âme c’est la part du travail et du jour.
Fais la part du sommeil; mais garde qu’envahie,
L’âme ne cède trop et n’ait moins que son tour.
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