Leçons et conversations - Wittgenstein
Leçon sur l'esthétique
Le langage est un élément caractéristique d’un vaste groupe d’activités — parler, «écrire, voyager en autobus, rencontrer quelqu’un, etc*.. Nous nous concentrons non sur les mots « bon » ou « beau », qui ne sont absolument pas caractéristiques et en général se réduisent au couple sujet-prédicat (« ceci est beau »), mais sur les circonstances dans lesquelles ces mots sont dits — sur la situation extrêmement compliquée dans laquelle l’expression esthétique a une place, dans laquelle l’expression elle-même a une place pratiquement négligeable.
(*. Quand nous construisons une maison, nous parlons et écrivons, quand je prends un autobus, je dis au conducteur : « 3o centimes ». Nous ne nous concentrons pas seulement sur le mot ou sur la phrase dans laquelle il est employé — qui est extrêmement peu caractéristique — mais sur les circonstances dans lesquelles il est dit : ces circonstances sont le cadre, à l’intérieur duquel (nota bene) le jugement esthétique en question n’est pratiquement rien du tout. — R.)
8. Il est remarquable que dans la vie réelle, lorsqu’on émet des jugements esthétiques, les adjectifs esthétiques tels que « beau », « magnifique » ne jouent pratiquement aucun rôle. Pour la critique musicale employez-vous des adjectifs esthétiques? Vous dites : « Faites attention à cette transition », ou [Rhees] « ce passage-ci n’est pas cohérent ». Ou, parlant d’un poème en critique, vous dites [Taylor] : « Son utilisation des images est précise. » Les mots que vous employez sont plus apparentés à « juste » ou « correct » (au sens que ces mots revêtent dans le discours ordinaire) qu’à « beau » ou « charmant ».
9. Des mots comme « charmant » sont employés d’abord comme interjections. Puis on les emploie en très peu de circonstances. Nous pourrions dire d’un morceau de musique qu’il est « charmant », entendant par là non pas en faire l’éloge, mais lui conférer un caractère. (Bien sûr il y a une masse de gens qui, .incapables de s’exprimer de façon appropriée, emploient le mot très fréquemment.
IV
(Notes de Rhees)
Un Français dit en français : « il pleut » et un Anglais le dit en anglais; ce n’est pas qu’il se soit passé dans leurs esprits quelque chose qui soit le sens réel de « il pleut ». Nous imaginons quelque chose comme une imagerie qui serait le langage international. Et pourtant, en réalité : a) la pensée (ou imagerie) n’est pas quelque chose qui accompagne les mots de l’extérieur lorsqu’on les prononce ou lorsqu’on les entend. b) Le sens — la pensée « il pleut » —, ce n’est pas même les mots auxquels s'ajoute en accompagnement une sorte d’imagerie.
Le sens, c'est la pensée « il pleut » dans les limites de la seule langue française
Leçon sur Freud
La symbolique des rêves. L’idée d’un langage du rêve. Songez à ce que c’est que reconnaître une peinture comme un rêve..
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