samedi 31 janvier 2026

Journal - Nijinsky

Journal - Nijinsky

 

L’homme est issu de Dieu qui n’est pas un singe ; l’homme qui est Dieu a des bras comme le singe. J’entends bien qu’il y a entre eux une similitude organique mais aucune ressemblance spirituelle. Les singes descendent du singe, créés par Dieu qui lui s’est créé tout seul. Mon origine est donc divine et non simesque. Je suis Dieu à partir du moment où je sens Sa présence.

Les admirateurs ne vont sans doute pas me manquer et moi en fin de compte je m’estimerai heureux d’avoir réussi ce que j’aurai entrepris. J’ai l’intention de danser pour me procurer de l’argent : ainsi pourrai-je offrir à ma femme une maison pourvue de tout le nécessaire. Elle craint de me voir mourir bientôt, ce qui lui donne l’envie d’avoir un enfant de moi qui serait ma réincarnation. Elle me croit fou. C’est une idée qui lui est venue d’avoir trop réfléchi. Moi je réfléchis peu et tout ce que j’éprouve s’éclaire de ma propre lucidité. Je ne ressens les choses que par la chair, sans l’entremise de l’intelligence. Je suis chair et sentiment, Dieu en chair et en sentiment. Non, pas Dieu, mais homme, un homme simple, astreint à communiquer avec le monde au seul moyen du sentiment (...)

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 Si j’avais en ma possession des millions dont je puisse disposer, je les emploierais à mettre la Bourse en échec et à en consommer la ruine. Je suis la vie et vivre cela équivaut à s’aimer les uns les autres. La Bourse, elle, est symbole de mort. On y dépouille les pauvres gens qui vont y porter jusqu’à leur dernier sou, espérant acquérir ainsi le moyen de mener leurs entreprises à bonnes fins. C’est l’amour que je porte aux pauvres qui me pousse à vouloir jouer ainsi à la Bourse, avec l’idée de provoquer la ruine des agents de change. 

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