Retour à la parole sauvage - Monchoachi
Ainsi les masques nous masquent-ils en premier lieu leur ambiguïté.
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Telle est l’énigme du masque et sa fascination : qu’il faille masquer cela qui ne se voit pour le montrer, voilà qui peut paraître à tous égards singulier.
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Telle est aussi bien l’énigme du langage et son enchantement: qu’il serve à faire signe vers le lieu où se tient une chose et n’aboutisse en fin de compte qu’à la voiler. Geste premier de l’exil au sein de la présence, la parole, dissidence irréductible : ici toute tentative de résorption ou de suture est vouée à un échec sans recours ; ou le seul recours est précisément cela même (le langage) qui échoue à abolir la séparation et qui en est bien plutôt l’origine ou la cause.
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// La langue en effet n’est-elle pas l’outil par excellence qui nous permet de communiquer avec nos semblables et de nommer les choses qui nous environnent? Incontestablement, c’est une banalité de le dire, la langue est relation de part en part, elle est pour les humains l’instrument commun privilégié d’appréhension et de communication.// #important
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Auparavant tâchons d'appréhender en quoi consiste ce mode de la représentation et en quoi il diffère fondamentalement du mode de la présence. Là où le mode de la présence se propose à nous comme attente et comme rencontre, comme disposition au silence et à l'écoute, comme disposition à la survenue d’un monde, le mode de la représentation désormais verra se déployer l’activité effrénée d'un sujet dont la fonction est celle d’objectivation de tout ce qui se présente à lui, soit : «poser devant soi, à partir de soi et en ramenant à soi». Ce faisant, il est la condition première de la mise en œuvre et de la marche vers ce qui constitue le but ultime de cette civilisation, à savoir : l'uniformisation du monde en une totalité immonde, et l'homme uniformément assujetti au fonctionnement d'une machine technique totalitaire.
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À la dislocation engendrée par le mode de la représentation, qui dispose l’homme en face-à-face sujet/objet vis-à-vis du monde, dispose la langue en outil voué à relater, à rapporter après avoir traqué, et perdue la parole, perdu le lieu, en technique d’uniformisation-dévastation de la terre ; à cela doit répondre la différence qui porte et supporte, maintient et fait correspondre, et conjoint ici et là dans l’ici-là, le haut et le bas dans le rhautéba, relie le proche et le lointain dans l’autre côté d’ici-là-même, en une présence ouverte en laquelle l’homme recouvre la parole en sa tenue et en sa tonalité propre comme lieu natif en même temps qu’adresse destinale.
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Car le poète est celui qui, par sa parole, par ses mots, déploie le monde dans sa présence et nous le rend proche. S’ouvrir au monde, ce n’est pas, comme on veut nous le faire croire, s’ouvrir aux quatre coins de la planète : le monde est là où nous sommes, et s’ouvrir au monde, c’est s’ouvrir à sa présence ici et maintenant. Je ne vois pas d’autre façon que celle-là d’aller sur le chemin de la poésie. Si ce monde moderne nous détourne de la poésie, c’est que lui-même s’est détourné dès son origine du monde comme présence.
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Le rôle de la poésie au xxie siècle est donc de nous apprendre à tourner le dos à cette séparation contre le monde qu’installe la technique et de réapprendre à habiter dans l’ouvert du monde, de réapprendre à vivre le monde comme présence dans l’époque actuelle, mais débarrassé de l’actualité et de l’arrangement du monde qu’installe la technique.
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