Cybernétique et société - Norbert Wiener
CYBERNÉTIQUE ET SOCIÉTÉ AU XXIe SIÈCLE
Il s'agissait d'y présenter un ensemble d'idées relatives au développement de nouvelles technologies capables de remplacer certaines fonctions mentales habituellement dévolues à l'homme : la communication, l'anticipation, le calcul, la commande et le contrôle.
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Hors de question pour Wiener d'adopter une posture instrumentale ou opérationnelle dès lors que les valeurs humaines sont en jeu, et Cybernétique et société sert en partie à expliquer pourquoi. À côté de cette posture de « lanceur d'alerte», le sentiment d'urgence morale était souligné par la nécessité de racheter la conscience scientifique qui avait vendu son âme au diable avec Hiroshima.
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Il considère que l'étude de la société fait partie de la cybernétique :
La cybernétique est la théorie des communications et du contrôle aussi bien dans les êtres vivants, les sociétés et les machines. [...] La [neurophysiologie] a déjà emprunté bien des idées à la cybernétique. Nous pouvons penser que la sociologie suivra la même direction.
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Cela permet, comme l'avait souligné Steve Heims dans sa préface à l'édition britannique, qu'à la première question Wiener réponde par la prise de responsabilité : puisque des machines dangereuses seront conçues, autant être dans le navire pour repérer les bons problèmes au bon moment, en informer le reste du monde, et éventuellement peser sur leur évolution.
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Deuxièmement, la raison pour laquelle la machine n'est plus un simple outil réside dans l'éventualité de son accès à une certaine autonomie. Ici, il s'agit de critiquer l'insouciance optimiste autrement que par la déploration technophobe du traditionnalisme, ni l'une ni l'autre ne souhaitant ouvrir le capot. Wiener estime que l'attitude générale à l'égard des machines se confronte à un dilemme fondamental qu'il identifie comme caractéristique de toute situation d'esclavagisme : nous attendons de nos machines qu'elles soient serviles, mais nous leur demandons en même temps d'être de plus en plus intelligentes. Pour Wiener, ces deux attentes sont ,contradictoires (au moins potentiellement), au point que la croissance indéfinie de l'intelligence ne peut demeurer dans la servilité.
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Se pose alors la question d'une possibilité de la domination politique de l'homme par la machine. C'est cette question que traite l'article déjà mentionné du père Dubarle. Wiener, qui le cite longuement, ne semble pas y croire. Les sociétés humaines sont trop complexes, elles contiennent trop d'information, c'est-à-dire d'hétérogénéité et de différenciations imprévisibles.
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Lorsque Wiener écrit que « Ce qu'on utilise comme élément d'une machine est en fait un élément de la machine » (p. 211), la difficulté est seulement déplacée. Si les humains sont standardisés et dominés non par des machines mais par des administrateurs aussi obtus que des machines, alors quelle différence ? Wiener reconnaît par endroits qu'il y a somme toute peu de différences entre poser une question à une machine et poser une question à une administration. Ce qui intéresse au fond Wiener n'est pas que la différence entre machine et administration soit de nature ou de degré, mais la possibilité de faire varier la « mécanicité », pour résister, autant que possible, à la mécanisation des rapports sociaux. On s'approche de la domination de la machine par l'autre bout lorsqu'on peut simplifier l'activité mentale de la population, standardiser et accroître la part de l'information collective.
INTRODUCTION
Le hasard est une notion scientifique
//Au fur et à mesure que l'entropie augmente, l'univers et tous les systèmes clos qui existent en son sein tendent à perdre leurs caractères distinctifs, et à aller de l'état le moins probable vers l'état le plus probable, à avancer d'un état d'organisation et de différenciation, dans lequel les distinctions et les formes existent, vers un état de chaos uniforme. Dans l'univers de Gibbs, l'ordre est le moins probable, alors que le chaos est le plus probable. Mais tandis que l'univers comme un tout tend à se délabrer, il existe des enclaves locales dont l'évolution semble opposée à celle de l'univers en général, et dans lesquelles se manifeste une tendance limitée et temporaire à l'accroissement de l'organisation. Certaines de ces enclaves abritent la vie. C'est à partir de ce point de vue qu'une nouvelle science, la Cybernétique, a entrepris son développement.// #important
CHAPITRE I
La cybernétique à travers l'histoire
//La thèse de ce livre est que la société ne peut être comprise que par une étude des messages et des dispositifs de communication qu'elle contient; et que, dans le développement futur de ces messages et de ces dispositifs, les messages entre l'homme et les machines, entre les machines et l'homme, et entre la machine et la machine sont appelés à jouer un rôle sans cesse croissant.// #important
Quand je donne un ordre à une machine, la situation ne diffère pas fondamentalement de celle qui se présente quand je donne un ordre à une personne. En d'autres termes, dans la mesure où je suis conscient, j'ai connaissance de l'ordre qui a été donné et du signal d'acquiescement qui est revenu. Pour moi, personnellement, le fait que le signal, dans ses étapes intermédiaires, ait passé par une machine plutôt que par une personne ne doit pas être pris en considération et en aucun cas n'apporte de grand changement dans la relation existant entre le signal et moi. Ainsi, la théorie de la régulation dans les réalisations d'ingénieur soit par un humain, soit par un animal ou une mécanique, est un chapitre de la théorie des messages.
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Fermat fit progresser l'étude de l'optique avec son principe de minimisation, selon lequel, sur toute portion suffisamment courte de son trajet, la lumière suit le chemin qu'elle met le moins de temps à franchir. Huygens développa la forme primitive de ce que l'on connaît maintenant sous le nom de «Principe de Huygens », en disant que la lumière se propage à partir d'une source en formant autour de cette source une sorte de petite sphère consistant en sources secondaires qui, à leur tour, propagent la lumière de la même façon que les sources premières. Leibniz, entre temps, conçut le monde tout entier comme un assemblage d'êtres appelés « monades » dont l'activité consistait en la perception réciproque sur la base d'une harmonie pré-établie, oeuvre de Dieu, et il est parfaitement clair qu'il conçut cette interaction largement en termes d'optique. À part cette perception, les «monades» n'avaient aucune « fenêtre », de sorte que dans sa conception toute interaction mécanique ne devenait en fait rien de plus qu'une conséquence subtile d'une interaction optique. Un intérêt marqué pour l'optique et les messages est apparent dans cette partie de la philosophie de Leibniz et se trouve sensible dans l'ensemble de sa philosophie. Il joue un rôle important dans deux de ses idées les plus originales : celle de la « Characteristica Universalis », ou langage scientifique universel, et celle du « Calculus Ratiocinator », ou calcul par la logique. Ce « Calculus Ratiocinator », quoique imparfait, fut l'ancêtre direct de la logique mathématique moderne.
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La machine qui agit sur le monde extérieur au moyen de messages nous est également familière. Le mécanisme photo-électrique d'ouverture automatique des portes est bien connu. Quand un message consistant dans l'interception d'un rayon lumineux est envoyé à l'appareil, ce message actionne la porte, et l'ouvre de telle sorte que la personne peut la franchir.
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Il est vrai que l'on doit prendre des précautions pour que la poussée ne soit pas trop forte, car si elle l'est, le canon va dépasser la position requise, et devra y être ramené en une série d'oscillations qui peuvent fort bien s'amplifier de plus en plus et aboutir à une instabilité désastreuse. Si le système de rétroaction est lui-même contrôlé — si, en d'autres termes, ses propres tendances à l'entropie sont freinées par des mécanismes de régulation encore différents — et maintenus dans des limites suffisamment rigoureuses, cela ne se produira pas, et l'existence de la rétroaction accroîtra la stabilité du fonctionnement du canon. En d'autres termes, le fonctionnement deviendra moins subordonné à la résistance au glissement ; ou, ce qui revient au même, au ralentissement occasionné par la dureté de la graisse.
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Ma thèse est que le fonctionnement physique de l'individu vivant et les opérations de certaines des machines à communiquer les plus récentes sont exactement parallèles dans leurs efforts analogues pour contrôler l'entropie par l'intermédiaire de la rétroaction. Dans les deux cas il existe des récepteurs sensoriels formant un stade de leur cycle de fonctionnement : c'est-à-dire que, dans les deux cas, il existe un appareil spécial pour recueillir l'information venant du monde extérieur à de faibles niveaux énergétiques, et la rendre valable dans le fonctionnement de l'individu ou de la machine.
CHAPITRE II
Progrès et entropie
CHAPITRE III
Rigidité et apprentissage : deux modèles de communication
CHAPITRE IV
Le mécanisme et l'histoire du langage
Aucune théorie de la communication ne peut évidemment éviter le problème du langage. Langage, en fait, est en un sens un autre nom pour «communication », mais c'est aussi le nom des modes de communication, c'est-à-dire des codes. Nous verrons plus loin dans ce chapitre que l'usage de messages, de leur codage et de leur décodage est essentiel non seulement pour les êtres humains, mais aussi pour d' autres êtres vivants et pour les machines utilisées par les êtres vivants. Les oiseaux communiquent entre eux, les singes communiquent entre eux, les insectes communiquent entre eux et, dans toutes ces communications, certaines sont faites grâce à des signaux et des symboles qui ne peuvent être compris que par ceux qui en possèdent le code approprié.
Ce qui distingue les communications humaines des communications entre la plupart des autres animaux est : a) la délicatesse et la complexité du code utilisé et b) le haut degré d'arbitraire de ce code.
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Le lecteur peut s'étonner ici que nous incluions les machines parmi les êtres doués du langage — mais que nous refusions cette qualité presque totalement aux fourmis. Et pourtant, lorsque nous concevons des machines, il nous est normal (et utile) que nous leur donnions certains caractères humains que l'on ne trouve pas chez les membres inférieurs de la société animale. Aussi le lecteur peut-il considérer qu'il s'agit simplement d'une extension des possibilités humaines au moyen d'une machine; mais le lecteur doit aussi avoir conscience que ces machines peuvent continuer de fonctionner en dehors de toute présence humaine.
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Le premier niveau pour le langage ordinaire se compose de l'oreille externe et interne et de la partie du cerveau qui lui est reliée de façon permanente et rigide. Cet appareil qui reçoit des vibrations transmises, soit directement par l'air, soit par des circuits électriques et une membrane, a une fonction phonétique : il reçoit les sons qui constituent le langage.
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La réception sémantique exige d'avoir recours à la mémoire, avec les processus longs qui en découlent. Les types d'abstraction relevant de cette importante étape sémantique ne sont pas associés uniquement à des sous-assemblages neuronaux permanents, tels ceux qui jouent un grand rôle dans la perception des formes géométriques, mais aussi à des systèmes détecteurs d' abstraction formés de pools intercalaires, ces ensembles de neurones disponibles pour des systèmes temporaires plus importants assemblés pour une fonction spécifique.
---CHAPITRE V
L'organisation comme message
CHAPITRE VI
Droit et communication
CHAPITRE VIII
Rôle de l'intellectuel et du savant
Ce livre soutient que l'intégrité des canaux de communication intérieure est essentielle au bien-être de la société. Cette communication intérieure est assujettie actuellement non seulement aux menaces qu'elle a affrontées de tout temps, mais à certains problèmes nouveaux particulièrement sérieux, spécifiques de notre siècle. L'un d'eux est la complexité et le coût croissants de la communication.
CHAPITRE X
Quelques machines de communication et leur avenir
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